Joker (Série lettres : 10/26)

Il en faisait le tour depuis si longtemps qu’il avait oublié quand il avait commencé à le faire. C’était à ce point-là. Il tournait dans un espace tellement petit qu’il tournait pratiquement sur lui-même. Il voyait toujours les mêmes choses, mais ce n’était pas le plus triste dans cette histoire. Il oubliait ce qu’il avait vu quelques secondes après l’avoir vu. Alors il avait constamment l’impression de découvrir de nouvelles choses. C’était peut-être bien ce qui était le plus pathétique.

Il savait qu’il habitait chez un humain qui s’occupait de lui en lui donnant à manger et en changeant son eau. Mais sinon, sa vie se résumait à ça : tourner à l’infini dans un espace plutôt réduit, sans jamais se rappeler qu’il était déjà passé par là la veille, l’avant-veille, et aussi quelques secondes auparavant. Quelle vie !

Mais il arrivait qu’il se passe des choses qui différaient de sa routine interminable. L’humain avait d’autres animaux que lui, et il lui arrivait de faire des rencontres plus ou moins sympathiques avec ces autres animaux. Par exemple, il avait échappé à la mort de justesse quelques jours auparavant. Pour lui qui n’avait aucune notion du temps, ce n’était pas un souvenir qui était resté dans sa mémoire, et il ne se rappelait pas non plus du jour au cours duquel ces horribles évènements s’étaient produits.

Ce jour-là, donc, il était en train de tourner à l’infini comme à son habitude, quand soudain, un énorme visage effrayant était apparu devant lui. Il était tout déformé par la vitre, ce qui le rendait encore plus affreux. Mais il n’eut pas peur. La forme derrière la vitre s’approcha encore, et soudain, quelque chose entra en contact avec l’eau. Curieux, il alla voir, interrompant ses cercles infinis. Il alla heurter la forme étrange, amusé d’avoir un visiteur.

Croyant s’être fait un ami, il resta près de la forme inconnue. Mais il prit peur quand quelque chose de long entra soudain dans l’eau, manquant de le frapper. Il alla se terrer au fond de l’eau, très surpris par la trahison de la forme qui lui avait pourtant semblé amicale.

L’humain avait vu que le chat allait lui faire du mal et il l’avait attrapé avant qu’il puisse recommencer à essayer de frapper le poisson de sa patte. Le poisson avait eu un joker inattendu alors que son destin avait semblé scellé.

Insecte (Série lettres : 9/26)

Sa passion pour les insectes remontait à assez longtemps. Elle ne se rappelait même pas du moment où elle avait commencé à s’y intéresser. Etait-ce seulement un moment ? C’était probablement un ensemble de moments qui avaient mené à ce qu’elle aime ces petites bestioles, toutes autant qu’elles étaient, utiles à la nature comme elles l’étaient. Elle les aimait toutes, sans exception. Les gens qu’elle fréquentait détestaient généralement les insectes et la trouvaient étrange car elle les adorait. Il n’y avait rien de mal à les apprécier ! Ils ne pouvaient pas comprendre la joie qu’elle éprouvait en les étudiant et en les aidant parfois à se réimplanter quelque part dans le cas des espèces en voie de disparition.

Elle avait un insecte préféré. La coccinelle. Elle connaissait tout ce qu’il y avait à savoir sur ce petit animal. Sur toutes les sortes de coccinelles. Mais surtout sur la rouge. Sa porte-bonheur. Chaque fois qu’elle en voyait une, cela lui remontait le moral. Elle était plutôt introvertie, ne passant du temps qu’avec des insectes. Son entourage le lui reprochait bien assez. Ses amies fuyaient les insectes, et donc elles ne passaient pas souvent du temps avec elle. Et les autres la trouvaient bizarre. Elle était un peu une marginale partout où elle allait. Sauf bien sûr dans les salons sur les insectes où elle pouvait rencontrer d’autres passionnés.

Mais ces passionnés, ils ne faisaient que passer dans sa vie. Ils ne restaient jamais. Elle n’avait jamais réussi à accrocher suffisamment avec eux pour qu’ils fassent autre chose que se croiser. C’était triste, mais vrai.

Un jour, alors qu’elle se promenait en pleine nature comme elle en avait l’habitude, elle vit quelqu’un, là, dans l’herbe. Une silhouette solitaire assise dans l’herbe. Quelqu’un comme elle. Elle s’approcha. La personne se retourna. Ses longs cheveux s’agitaient au gré du vent. Elle tenait un insecte dans sa main. Une coccinelle. Elles se sourirent. Etait-ce le début d’un nouveau chapitre ?

Habit (Série lettres : 8/26)

Elle se regardait dans le miroir. La moindre ride lui sautait toujours aux yeux. Elle s’empressait ensuite de la recouvrir de maquillage. Elle n’était pas vieille, pourtant. Et elle le savait. Mais ce monde le lui faisait oublier ce fait. Dans ce monde, tous les petits défauts se voyaient comme le nez au milieu de la figure.

Soudain, quelqu’un frappa à la porte. Elle se retourna et demanda qui avait frappé. C’était quelqu’un qui venait lui dire qu’elle allait aller sur scène dans quelques minutes. Elle soupira, lui disant qu’elle arrivait. La personne repartit. Elle se leva de sa chaise, appliquant encore un peu de maquillage. Elle jeta ensuite un dernier coup d’oeil à son reflet, le trouvant horrible, comme à son habitude. Elle soupira à nouveau, sortant de sa loge.

Une fois sur scène, là, dehors, elle allait se parer d’un habit qui habituellement n’était pas le sien. Un rôle avec lequel elle pouvait s’évader le temps d’une représentation.

Gencives (Série lettres : 7/26)

Il était une fois un fermier qui avait des champs à foison. Il n’arrêtait pas d’agrandir sa propriété car les récoltes étaient toujours bonnes. Il avait hérité de la ferme à la mort de ses parents et depuis, l’exploitation agricole avait prospéré. Il avait embauché plus de main-d’œuvre, acheté les propriétés de plusieurs de ses voisins et possédait actuellement un nombre impressionnant de tracteurs et machines agricoles pour s’occuper des champs. Il avait réussi dans la vie.

Mais un jour, alors qu’il faisait le tour de son immense propriété, une gigantesque explosion parut avaler tous ses précieux champs, les recrachant aussitôt. Mais les dommages étaient irréparables. Toute sa propriété, tous ses champs, toutes les plantes dessus, tout était parti en cendres en moins d’une minute. Le riche fermier, ex propriétaire d’un business fructueux ( même les engins agricoles avaient brûlé et étaient inutilisables, invendables. ) tomba à genoux devant une telle catastrophe. Son oeuvre de vie ! Sa vie entière ! Tout était détruit ! Comment payer les employés, comment rembourser les quelques machines pour lesquelles il avait emprunté de l’argent, pensant à ce moment là que la récolte allait renflouer les caisses suffisamment pour amortir ce coût. Ces machines là aussi étaient parties en fumée. Comme tout ce qu’il possédait. Seule sa maison était restée plus ou moins intacte. Ses ouvriers avaient été blessés grièvement, ayant été en train de travailler dans les champs au moment de la catastrophe. Ils voulutent demander réparation. Mais le fermier ne pouvait pas tout payer. Et puis l’assurance ne voulut rien entendre, car officiellement, aucune manifestation météorologue n’avait causé ça. Les circonstances n’étaient pas claires.

Quelque part dans le ciel, quelqu’un d’une autre planète se faisait gronder. C’était Giaof, un petit alien qui avait emprunté la soucoupe de son père pour aller faire un tour sur Terre et qui l’avait ramenée cabossée et ayant un problème de moteur. Quand le père lui demanda s’il avait causé des problèmes sur Terre, Giaof détourna les yeux. Son père finit par lui faire dure qu’il avait volé trop près de la surface, ayant brûlé « quelques champs » au passage. Il avait cabossé la soucoupe en voulant partir au plus vite après avoir causé cette catastrophe. Le père fut encore plus en colère en entendant ça. Non seulement son fils avait conduit sans permis, mais il avait aussi dégradé la Terre !

Le père voulut aussitôt se rendre sur Terre pour parler au fermier concerné. Le fermier ne les crut pas quand ils déclarèrent venir d’une autre planète et en plus il les jeta dehors quand ils ne voulurent pas le rembourser. Le père de Giaof fut outré par son comportement. Il décida de le kidnapper pour lui implanter une puce d’oubli dans les gencives. L’humain oublia alors tout ce qui était arrivé. Il ne fut jamais remboursé ni par les aliens responsables, ni par l’assurance. De toute manière, l’assurance ne l’aurait jamais cru si il avait dit la vérité. Il dût vendre sa maison et fut criblé de dettes pour le restant de ses jours.

Force (Série lettres : 6/26)

Sois forte, lui disait sa mère chaque jour. Soit forte et ne laisse jamais personne te dire que c’est impossible. Tout est possible tant qu’on le veut. Sois forte, et bats toi, ma fille. Tout ce qui a été obtenu, on s’est battues pour. Sois forte. Ne laisse personne te marcher sur les pieds. Sois forte, tu verras, c’est important. Et tout ce que tu penses être inutile est quand même une action pour avancer dans ce monde.

Eh oui, aller à l’école alors qu’on habite très loin est une force. Alors sois forte, et vas-y. Trop d’enfants n’y ont pas accès du tout. Aller par les chemins dangereux, n’arriver qu’après des heures et des heures de marche, c’est leur quotidien. Et ils y vont. Ils n’abandonnent pas. C’est leur chance et ils le savent. Sois forte, et persévère, comme eux.

Sois forte en protestant comme Rosa Parks. Fais entendre ta voix. Fais avancer le monde positivement. Fais ta vie comme tu le souhaites. Tu peux le faire.

La force n’est pas forcément la force physique. Elle peut-être mentale, et dans ce monde, elle vaut de l’or. Alors sois forte et déploies tes ailes quand tu seras prête. La force existe chez tout le monde. Il suffit de l’apprivoiser, de l’amadouer. Sois forte, disait sa mère. Tu iras loin.

Sois forte. Soyez forts, et demandez de l’aide si vous en avez besoin. Être fort ne veut pas dire se débrouiller seul. Demander à un autre ne veut pas dire échouer.

La force est bien des choses.

Enchaîné (Série lettres : 5/26)

Enchaîné. Il était enchaîné. Comme un forçat, comme un criminel. Pourtant, il n’avait rien fait. Il en était sûr. Alors pourquoi ? Pourquoi était-il traité comme ça ? Ce n’était pas juste. Ce n’était pas bien. Mais la personne qui lui avait fait ça ne savait pas reconnaître le bien du mal. Il avait dit que c’était pour son bien, mais quelque chose qui le contraignait et lui faisait mal ne pouvait pas être pour son bien, si ? Quelque chose qui empirait ses conditions de vie au lieu de les améliorer ne pouvait pas être pour son bien ? Quelque chose qui le faisait souffrir ne pouvait pas être pour son bien ?

Non, décidément, il ne voulait pas de cette vie. Il avait envie de s’échapper. Un endroit dont on a envie de s’échapper ne doit pas être un endroit bien, pas vrai ?

Attaché. Il voulait partir. Il ne pouvait pas.

Une petite fille le vit alors qu’elle se promenait avec sa mère. Elle le montra du doigt comme le font souvent les enfants. Il la regarda. Elle était libre, elle. La petite cria quelque chose, mais elle était trop loin pour qu’il comprenne ce qu’elle disait. Sa mère et elle s’approchèrent. La petite voulut le toucher, mais la mère l’en empêcha. Elles repartirent. Il avait compris ce que la mère avait dit, et cela l’attristait. « Il est peut-être dangereux, ne le touche pas. » Lui ? Dangereux ? Elle avait probablement dit ça parce qu’il était attaché. Cela lui brisa le coeur. Il n’aurait pas fait de mal à la petite fille. Il n’était pas mauvais, comme celui qui l’avait enfermé de la sorte.

Une nuit, il réussit à s’échapper. Le lien avait fini par lâcher. Cela lui avait pris des jours mais il était libre ! Libre de courir loin de cette affreuse maison où il n’avait de toute manière jamais pu entrer. Libre de courir de toutes ses forces, jusqu’à ce que ses pattes lui fassent mal tellement il avait parcouru de distance. Libre d’aboyer à sa guise, de ne pas être enchaîné à sa niche. Libre !

Dauphin (Série lettres : 4/26)

Aujourd’hui, la famille allait faire une sortie culturelle. Les deux adolescents n’étaient pas très contents de devoir venir aussi, ils auraient préféré rester sur la plage à dormir ou à jouer dans la mer. Mais on ne pouvait pas toujours choisir ce qu’on pouvait faire dans la vie, pas vrai ? Leur père ne leur avait pas laissé le choix, et maintenant, ils suivaient leurs parents en grommelant sur le chemin couvert de gravillons. Le trajet en voiture n’avait pas été gai non plus. Ils avaient passé leur temps à ignorer leurs parents en mettant leurs écouteurs sur leurs oreilles. Mais visiter des châteaux poussiéreux n’était pas leur activité préférée. Loin de là. Ces deux-là n’aimaient pas vraiment lire non plus. En fait, ils préféraient être dehors, plutôt que de devoir faire des activités d’intérieur qui leur paraissaient stupides.

Après avoir passé la billetterie, ils attendirent que la visite guidée débute. Les parents en profitèrent pour se reposer sur un banc, mais leurs enfants n’arrêtaient pas de râler. Ils finirent par leur dire d’aller s’acheter quelque chose à la boutique. Les voyant s’éloigner, ils pensèrent pouvoir avoir cinq minutes de tranquillité. Mais ils se trompaient. Leurs adolescents, qui s’étaient décidément levés du mauvais pied, revinrent très peu de temps après, se plaignant qu’une fille de leur âge les avait bousculés en entrant dans la boutique. La fille en question vint s’excuser, répliquant cependant qu’ils exagéraient beaucoup ce qui était arrivé. Elle repartit. La visite commença peu de temps après.

Les deux adolescents étaient des jumeaux, une fille et un garçon. Leur interêt changea un peu pendant la visite. Mais pas de la même façon. Alors qu’il s’intéressait plus aux extérieurs et aux jardins, elle voulut en savoir plus sur la vie dans le château. La fille de la boutique de souvenirs, celle qui les avait soit disant bousculés, était aussi dans la visite. Les parents étaient contents que leurs enfants cessent de râler pour s’intéresser à la visite. Ils se détendirent alors et les laissèrent aller et venir à leur guise, sans vraiment les surveiller.

Pendant la visite, les jumeaux décidèrent de cesser de suivre la guide pour aller explorer le château comme ils le voulaient. La fille qui les avait, selon eux, bousculés, les suivit en leur disant qu’il ne fallait pas qu’ils fassent ça. Mais au bout du compte, elle se contenta de les suivre, ne tentant pas plus que ça de les faire revenir en arrière. Elle était curieuse, elle aussi. Ils apprirent qu’elle s’appelait Fanny. Au cours de la visite, ils avaient appris que le Dauphin, c’est à dire le petit fils du roi, avait vécu dans ce château. Ils ne se souvenaient plus très bien de quel roi il s’agissait, mais ils voulaient trouver la chambre du Dauphin, car on leur avait dit que cette pièce était fermée au public car les tapisseries étaient en cours de restauration.

Ils finirent par trouver ce qu’ils cherchaient. La porte n’était pas gardée, ni fermée. D’ailleurs, elle s’ouvrit assez facilement, pour une pièce interdite à la visite. Ils entrèrent un par un. Fanny examina la pièce, faisant remarquer qu’à part les tapisseries, tout semblait être en place. Le Dauphin aurait pu surgir d’un coin de la chambre, cela ne les aurait pas choqués. ( mais il était mort bien des années avant, donc rien de tel n’allait se produire)

Soudain, un des jumeaux commença à se comporter bizarrement. Il tomba à terre en tremblant violemment. Les deux filles coururent vers lui, effarées. Que lui arrivait-il ? Au bout de quelques minutes, il se redressa, leur disant qu’il allait bien. Mais il ne semblait plus être lui-même. Il parlait comme si la pièce lui appartenait, clamant être le Dauphin. Cela dura plusieurs minutes, les filles le regardant comme si il était fou. ( et c’était peut-être le cas, après tout) Puis Fanny prit les choses en main. Elle attrapa le bras de la soeur de celui qui semblait être devenu plus fou que fou, se prenant pour un fils de roi mort depuis des siècles. Elle la fit sortir de la pièce, puis elle entra à nouveau et elle sortit le frère de la même manière. Lorsqu’il passa le seuil, il s’évanouit. Il se réveilla quelques minutes plus tard, la tête appuyée sur les genoux de sa soeur. Il ne se souvenait de rien.

Les parents des jumeaux, s’étant rendu compte que leur progéniture avait disparu, s’étaient mis à les chercher. Ils les retrouvèrent dans ce même couloir, hébétés. Les adolescents essayèrent de leur raconter leur périple sans pour autant préciser qu’ils étaient entrés dans une pièce interdite aux visiteurs, mais les parents ne les crurent pas. Comment les croire ? Cette histoire était tirée par les cheveux. Et puis l’adolescent qui avait joué le plus grand rôle dedans ne s’en souvenait même pas….

Chercheur (Série lettres : 3/26)

C’était le jour tant attendu pour les écoliers. Annoncée plusieurs semaines auparavant par la maîtresse, la journée des métiers était enfin là.

Ce matin-là, elle se leva, pour une fois, avec le sourire aux lèvres. Elle détestait l’école, mais ce jour-là, elle sentait qu’elle pouvait le supporter. Pour une fois, pas de passage au tableau, de leçons à réciter, d’exercices à faire ou encore d’interactions avec la maîtresse. Car la classe allait recevoir des parents d’élèves pour qu’ils puissent présenter leur métier. C’était une idée de la maîtresse, idée fortement appuyée par les élèves qui avaient évidemment pensé au fait que grâce à cette journée, ils allaient avoir une journée où ils ne feraient rien en cours. Selon la maîtresse, le but était bien sûr de faire découvrir les métiers aux enfants pour leur donner envie de faire ce métier plus tard. Ou pas, c’était le principe de la découverte. Et cela allait donner une idée aux enfants sur la raison pour laquelle ils devaient supporter d’aller à l’école (pour ceux qui détestaient ça, bien entendu).

Lorsqu’elle arriva à l’école, donc, elle était heureuse. Ils n’allaient rien faire du tout aujourd’hui ! Ils avaient passé toutes les récréations de la veille à en discuter en détail. Ils n’auraient en fait qu’à écouter le parent qui passait au tableau à ce moment-là, ou du moins à faire semblant d’écouter pour les moins scrupuleux. D’ailleurs, cela voulait dire qu’ils allaient savourer que des adultes passaient au tableau à leur place, au lieu que ce soit eux, comme ils le faisaient tous les autres jours. Ils verraient alors qui était le plus stressé parmi les parents. Bien sûr, ils verraient aussi quel métier leur semblait être celui qui leur plaisait le mieux, car c’était quand même le but de la journée.

Un premier parent fit son entrée, puis un deuxième, un troisième, jusqu’à ce qu’une vingtaine de parents soient dans la salle de classe. Tout compte fait, se dit-elle, peut-être était-ce mieux que les parents ne soient pas là pendant l’école. Elle se sentait oppressée rien que de les voir, car d’habitude, ils n’étaient pas là. Les parents souriaient à leur enfant qui, souvent, avait l’air gêné qu’ils lui aient fait signe, c’était embarrassant.

Elle observa les parents. Aucun n’avait un habit particulier, elle ne pouvait pas vraiment deviner leur métier en les regardant. Mais c’était pas plus mal, cela faisait un peu de suspens.

Le premier parent pris la parole. Il avait préparé des diapositives. Le vidéoprojecteur de la classe rendait assez mal sur le tableau. Les couleurs étaient un peu étranges. Mais l’aisance de l’orateur éclipsa facilement ce petit problème.

Le deuxième parent n’avait rien à projeter. Elle réussit à captiver la classe avec des modèles miniatures qu’elle expliqua en quelques phrases claires. Elle expliquait presque mieux que la maîtresse.

Le troisième, en revanche, c’était à revoir. Il bafouilla, trébucha sur un pied de table, perdit ses mots, seuls ses diapositives étaient très bien organisées. Heureusement, d’ailleurs, sinon les enfants n’auraient rien compris.

Le quatrième eut du mal à expliquer son métier, mais il réussit à retenir l’attention de l’élève qui n’aimait pas l’école. Son métier avait un nom compliqué, mais il le simplifia en disant qu’il était « Chercheur ». C’était un scientifique. A ce moment-là, elle se mit à voir l’école d’une façon légèrement différente. Elle ne s’était pas mise à aimer l’école soudainement, non, mais elle avait fait un plan dans sa tête. Elle voulait faire ce métier plus tard, et elle était bien obligée de passer par l’école pour y parvenir.

Après cette journée, elle travailla donc un peu plus à l’école, surtout en sciences, sa matière préférée.

Balise (Série lettres : 2/26)

Il était obligé, il le savait. Il aurait vraiment préféré ne pas le faire. C’était bien loin d’être son activité préférée. Parmi tous les sports existants, pourquoi le professeur avait-il choisi celui-ci ? Il détestait le sport et il venait de trouver un sport qu’il détestait plus encore que le sport en général.

Une semaine auparavant, ils avaient été assis en rond dans le gymnase, fatigués mais contents que ce cours difficilement supportable pour certains soit fini, quand le prof l’avait annoncé. La semaine suivante, ils feraient course d’orientation ! Il l’avait dit avec tellement d’enthousiasme, que les élèves auraient presque pu penser que c’était le meilleur sport du monde. La plupart des élèves avaient eu l’air contents d’entendre ça, emportés par la joie du prof. Mais pas lui. Il n’était pas le meilleur en course, et il ne savait absolument pas s’orienter ne serait-ce que dans une ville, alors pourquoi se débrouillerait-il mieux en pleine forêt ? Si les deux mots composant le nom de l’activité le repoussaient, l’activité elle-même allait forcément l’anéantir.

Le jour de l’activité, le prof était tout aussi heureux. En revanche, certains des élèves, voyant la température extérieure et l’épaisseur des vêtements qu’ils avaient apportés, se sentaient étrangement moins bien que lorsque l’activité avait été annoncée par le prof. Il se réjouit de voir qu’il n’était pas le seul à trouver ce sport affreux, et ce avant même le début de la course d’orientation.

Le prof, habillé chaudement dans son blouson coloré, commença son explication. Le but était de poinçonner leur feuille et de revenir les premiers au point de départ. Le tout en courant et en se guidant à l’aide d’une carte et d’une boussole.

Il soupira. Il détestait courir, il ne savait pas lire une carte ni l’orienter, et il avait beau chercher, il ne se souvenait pas du fonctionnement d’une boussole. Ah si ! Le flèche rouge pointait vers le nord ! Il avait intérêt à se trouver une bonne équipe…Justement, le prof déclara qu’il était temps de constituer les équipes. Il les constitua d’ailleurs lui-même.

Il se retrouva avec une équipe au sein de laquelle personne ne savait lire une carte ou utiliser une boussole. Bien, bon début ! Le départ fut annoncé. Chaque équipe partit de son côté, sa précieuse carte, la boussole et la feuille à poinçonner à la main, le pas peu assuré car presque personne n’avait fait de course d’orientation avant.

Il réfléchir. Bon, le principe était plutôt simple, en fait. Il leur fallait trouver les balises sur le chemin. Mais mieux valait ne pas se perdre dans les bois…

Argent (Série lettres : 1/26)

(série de textes à partir de mots dans l’ordre alphabétique pris au hasard)

L’argent ne peut pas tout acheter. C’était quelque chose que beaucoup de personnes avaient tendance à oublier.

Dans un château situé dans un pays si mystérieux qui n’était inscrit sur aucune carte vivait une jeune fille et ses parents. Sa vie n’était que cadeaux, surprises, sorties et amusement. Sa vie était donc une vie parfaite pour beaucoup de filles de son âge qui n’avaient jamais eu la chance de vivre de la sorte. Mais, pour une raison qui aurait échappé à toutes les filles qui auraient voulu vivre pareil qu’elle, elle ne trouvait pas sa vie parfaite. Loin de là. Elle n’aimait pas du tout sa vie et s’en plaignait régulièrement dans son journal intime. Et son mécontentement pouvait être vu à toute heure de la journée, donc personne n’avait su qu’elle était malheureuse en allant le lire dans son journal. Cela se voyait trop. C’était évident.

Ses parents la couvraient de cadeaux. Tous les jours, elle avait une dizaine de nouvelles choses. Et c’était bien sûr pour compenser l’absence extrêmement fréquente de ses parents à qui il arrivait même de ne pas être là de l’année. De l’année ! Evidemment, elle aurait largement préféré que ses parents soient un peu plus présents plutôt que de ne les voir que de loin en loin en recevant toujours plus de cadeaux. De plus, ces cadeaux n’avaient pas grand sens car, ses parents ne la voyant jamais, il achetaient ce qu’ils pensaient être bien pour une fille de son âge. Mais ils ne la connaissaient pas vraiment, et toutes les choses « à la mode » ne lui convenaient pas forcément.

En tout cas, elle en avait assez que ses parents ne soient jamais là et qu’ils osent lui offrir des choses pour qu’elle leur pardonne. Un jour, elle fuit le château. Bien sûr, comme elle n’avait jamais rien fait seule de sa vie et que tout le monde lui passait toujours tout, elle eut bien du mal à s’adapter à une vie en dehors du château de ses parents. Heureusement, une servante qu’elle connaissait déjà du château l’aida à s’habituer à ce nouveau monde et à se cacher de ses parents. Elle ouvrit bientôt une échoppe de couturière, car si elle était douée pour quelque chose, c’était la couture. Personne ne la retrouva jamais et elle vécut une vie ou tout le monde l’appréciait pour ce qu’elle avait fait, ne lui donnant pas constamment des cadeaux sans raison. Le bonheur ne pouvait bien sûr pas s’acheter.