Vadrouille (Série lettres 2 : 22/26)

Elle avait décidé de faire une pause. De partir un peu pour respirer. Trop de travail allait finir par lui nuire. Elle avait donc loué un petit appartement dans une ville qu’elle ne connaissait absolument pas. Elle n’avait fait aucune recherche avant de s’y rendre car elle n’avait pas eu le temps.

Le jour J, elle avait sauté dans sa voiture. Elle avait failli ne pas partir car elle avait du mal à décrocher de son boulot. Elle avait voulu savoir où en était un dossier en cours et avait failli manquer l’horaire qu’elle s’était fixé pour partir. Si elle partait plus tard, elle serait en retard et la propriétaire ne serait pas là pour lui donner les clefs. Et dans ce cas là, la seule solution serait d’aller dormir dans un hôtel, en espérant qu’ils acceptent des voyageurs de dernière minute, sans réservation. Elle n’avait que ce plan b si jamais elle arrivait trop tard, alors elle espérait aussi que les hôtels n’étaient pas trop miteux, dans cette ville.

Elle était donc partie (presque) à l’heure, et elle avait réussi ( en dépassant quelques limitations de vitesse de temps à autre) à arriver à l’heure chez la logeuse qui lui avait donné les clefs. Donc ce problème n’en était plus un. En principe, en vacances, il n’y avait plus de problèmes. Mais ce n’était peut-être pas le cas de tout le monde, après tout. A peine arrivée dans l’appartement, elle découvrit que les voisins aimaient beaucoup faire la fête. Elle aurait bien donné des coups de balais dans le plafond pour leur dire d’arrêter, mais honnêtement, le plafond n’avait pas l’air très solide, mieux valait ne pas taper dedans. C’était plus prudent.

Épuisée par le bruit fait par ses voisins pendant la nuit, elle se réveilla assez tard et elle décida d’aller se promener. Elle n’avait toujours pas regardé ce qu’il pouvait y avoir à visiter dans cette ville et elle n’avait pas de plan ni de brochure. Elle allait y aller comme une véritable aventurière. Après tout, quelqu’un avait dit que pour mieux visiter, il fallait se perdre. Elle savait qu’elle courait à la catastrophe, mais elle n’alla pas chercher une carte.

Quelques heures plus tard, ce qui devait arriver arriva. Elle s’était perdue. Elle fut obligée de prendre un taxi pour regagner son hôtel. Et ce ne fut pas sans mal car elle avait oublié le nom de l’hôtel et dût le chercher sur la carte de visite qui avait glissé au fond de son sac….

Uniforme (Série lettres 2 : 21/26)

Elle se promenait dans la petite ville où elle avait grandi. Il n’y avait pas grand chose à faire, dans cette ville. Honnêtement, elle ne s’en était pas trop rendu compte avant, n’ayant jamais eu d’éléments de comparaison. Mais maintenant, elle avait fait ses études dans une plus grande ville loin d’ici, et y revenir lui faisait réaliser combien les activités étaient rares, ici.

Elle ne s’était pas non plus rappelé que dans cette petite ville, tout le monde connaissait tout le monde, ce qui était loin d’être le cas dans la grande ville. Très loin. Elle n’avait même jamais connu ses voisins dans l’immeuble où elle avait habité pendant ses études. Pathétique ? Oui, sûrement. Mais surtout, très courant. Car dans cette grande ville, et sûrement dans d’autres grandes villes, les gens couraient partout, se croisant de temps à autre, mais ne prenant jamais le temps de parler à tout le monde.

Peut-être parce qu’il y en avait trop, du monde. Sa petite ville n’avait que peu d’habitants, comparée à la grande ville. Et penser aux habitants lui évoquait une grande famille éparpillée dans la ville. Car tout le monde connaissait vraiment tout sur tout le monde. Il ne fallait pas vouloir garder sa vie privée, ici.

Elle l’avait déjà croisée plusieurs fois, mais elle n’y avait pas fait attention. Cette policière patrouillait souvent dans son pâté de maisons, et elle lui faisait un signe de la main à chaque fois qu’elle voyait sa voiture arriver quand elle de promener. Cette policière faisait partie de la brigade de la petite ville. Ils étaient trois, en tout, dans cette brigade. Mais ils n’avaient pas réellement rien à faire. En réalité, les adolescents les occupaient beaucoup. Ils aimaient beaucoup tagger tous les bâtiments qu’ils trouvaient.

Ce jour-là, elle vit à nouveau la policière. Cette fois-ci, cette dernière lui fit un signe et lui sourit avant même qu’elle ait pu la saluer. En réalité, elle ne l’avait jamais vue patrouiller avant qu’elle soit revenue dans la ville après avoir terminé ses études. Elle ne l’avait pas connue avant. Mais la policière semblait savoir qui elle était. Ah, les petites villes…

Tanne (Série lettres 2 : 20/26)

Elle ne s’était jamais rendu compte à quel point sa meilleure amie était agaçante. Jusqu’à maintenant. En fait, elle devenait insupportable quand elle voulait quelque chose, quand elle voulait convaincre quelqu’un de faire quelque chose ou quand elle voulait qu’on lui achète quelque chose. Là, elle voulait effectivement quelque chose, et elle n’y allait pas de main morte. Si sa meilleure amie n’arrêtait pas tout de suite, elle allait finir par céder. Si elle ne cédait pas, elle allait sans doute essayer de faire l’autruche pour tenter de la faire cesser.

Sa meilleure amie voulait aller dans un parc d’attraction, et elle n’arrêtait pas de la tanner pour qu’elles y aillent. Seulement elle détestait les parcs d’attractions. Et sa meilleure amie les adorait. Pour ce qui était des sensations fortes, elles ne pouvaient pas avoir d’avis plus contraires que ceux-là.

Pour beaucoup de choses, elles étaient d’accord l’une avec l’autre, ce qui expliquait sans doute pourquoi elle n’avait jamais beaucoup vu le côté agaçant de sa meilleure amie auparavant. Elle n’avait jamais eu à être convaincue pour rien, puisqu’elles avaient les mêmes goûts. Sauf pour ça, visiblement.

Au bout de plusieurs heures durant lesquelles sa meilleure amie fut franchement usante, elle finit par céder, regrettant presque aussitôt d’avoir dit oui. Les parcs d’attractions étaient loin d’être son habitat naturel. Elle obtint cependant un sursis en faisant promettre à son amie qu’elle ne serait pas obligée de faire plus de deux attractions à sensations fortes avec elle.

Sanglot (Série lettres 2 : 19/26)

Il s’était détaché du groupe de touristes dont il faisait partie. Et à présent, il le regrettait un peu car il avait vraiment perdu le groupe. Au début, il avait cru qu’ils avaient simplement tourné au coin de la rue, mais maintenant, il en était certain, ils étaient partis beaucoup plus loin, ils l’avaient laissé tout seul. Dans une ville, un pays qu’il ne connaissait pas et dont il ne parlait pas la langue. Super. Il avait toujours le don pour se fourrer dans d’énormes guêpiers.

Il était arrivé sur la plage. Il avait marché un peu au hasard pendant un bon moment. Le destin l’avait donc fait venir sur cette plage. Il n’avait pas du tout su où il allait jusqu’à ce qu’il arrive dans le sable. Cela l’avait d’ailleurs surpris, car il avait été en train de regarder en l’air plutôt que là où il marchait (ce devait-être en partie pour ça qu’on disait toujours aux enfants de regarder où ils mettaient les pieds), et il avait été brusquement sorti de sa rêverie par a descente brutale de niveau.

Le sable s’était enfoncé sous ses pas, et il était tombé. Se relevant, il s’était enfin rendu compte qu’il était sur une plage, et donc au bord de la mer. Bon, c’était plus positif que quand il avait marché dans ces petites rues aux allures de labyrinthe. Il allait pouvoir se repérer grâce à la carte que leur avait donné le guide. Guide qui l’avait d’ailleurs bien abandonné, ne s’étant absolument pas rendu compte qu’il manquait quelqu’un dans le groupe de touristes stupides qui le suivaient comme des moutons de peur de se perdre dans un pays dont ils ne comprenaient pas du tout la langue.

Il marchait tranquillement, la carte à la main, quand soudain, il entendit quelque chose. Un sanglot. Un sanglot étouffé, comme s’il venait d’assez bas sous le sable ou peut-être bien de dans la mer. Mais ces deux suppositions étaient stupides. Tournant la tête vers la mer, il vit une silhouette. S’approchant un peu, curieux de ce qu’il allait voir, il fut extrêmement surpris de voir…une sirène qui s’essuyait les yeux sur un rocher.

Il lui demanda ce qu’il lui arrivait, et une conversation débuta. Ils parlèrent un moment.

Une main lui secoua l’épaule. Il sentit le sable sous ses mains lorsqu’il tenta de se relever. Ouvrant les yeux, il vit le guide qui l’avait oublié. Le groupe était là aussi. Ils avaient l’air contents de l’avoir retrouvé. Il regarda autour de lui, cherchant la sirène des yeux. Il ne vit rien. Avait-il halluciné ? Personne dans le groupe ne le crut quand il raconta ce qu’il avait vu. Ils lui montrèrent une bouteille d’alcool non loin de lui. Avait-il vraiment bu ou était-ce une ruse de la sirène qui ne voulait pas que les sirènes soient découvertes ?

Raccompagner (Série lettres 2 : 18/26)

Il faisait nuit. L’obscurité était telle qu’elle ne voyait pas bien où elle allait. Les réverbères avaient la manie de ne pas bien fonctionner, dans cette petite ville. Elle se serait bien promenée, mais elle n’était pas exactement là pour ça. En fait, elle était allée à une soirée chez une de ses amies, et à présent elle était là, dans le noir et le froid, n’ayant que sa veste en jean pour se tenir chaud. Mais comment était-ce arrivé?

En fait, ses amis avaient bu, et ils l’avaient oubliée. Elle n’arrivait pas à croire qu’ils étaient partis sans elle ! Comment avaient-ils osé ! Elle avait donc décidé de rentrer à pieds. Etant donné la taille de la ville dans laquelle elle habitait, ce n’était pas très loin. Mais elle n’aimait pas beaucoup l’idée de se promener seule dans le noir. Comme beaucoup d’autre femmes, sans doute. Ce n’était pas rassurant du tout. Mais l’alcool qu’elle avait dans le sang l’aidait à avancer.

Tout à coup, elle entendit une voiture arriver sur la route qu’elle était en train de longer. Ses feux l’éclairèrent brièvement, mais le conducteur eut le temps de la voir. La voiture alla se ranger non loin, et une silhouette en descendit. Elle vit la personne s’approcher, terrorisée. Et si c’était un tueur ? Elle était seule, il faisait nuit, elle était une proie extrêmement facile. Une lampe torche l’éclaira soudain, la faisant sursauter. Elle se couvrit les yeux avec ses mains, aveuglée par le faisceau.

Une voix féminine lui promit qu’elle n’était pas une tueuse, qu’elle était là pour l’aider. Elle rouvrit les yeux et écarta ses mains, découvrant une policière qu’elle avait déjà vu patrouiller dans la ville. Cette dernière lui dit qu’il était très responsable de sa part de ne pas vouloir prendre la voiture, mais que marcher seule dans le noir n’était pas non plus une bonne idée. Elle était si soulagée de voir un visage ami, quelqu’un qui voulait l’aider, qu’elle lui fit un câlin. Elle entendit la policière rire. Puis elle fut guidée jusqu’à la voiture, entendant la policière lui dire qu’elle allait la raccompagner chez elle. Une fois dans la voiture, la policière lui donna son numéro « pour si jamais elle avait encore l’idée de rentrer seule dans le noir ». Puis elle la déposa devant sa porte, s’assurant bien qu’elle rentrait dans la maison avant de repartir.

Qualificatif (Série lettres 2 : 17/26)

Il s’entraînait pour cette compétition depuis plusieurs mois. Il était confiant. Il allait y arriver. Mais parfois, il avait des doutes. L’entraînement suffisait à le rassurer la plupart du temps, mais il arrivait qu’il se demande s’il allait être à la hauteur. Après tout, ses adversaires ce jour-là pouvaient être plus doués que lui, et il pouvait se faire éliminer très vite, ce qu’il ne voulait absolument pas. Il voulait vraiment entrer dans cette équipe.

Ces qualificatifs étaient très importants pour avoir une place dans l’équipe qu’il voulait intégrer. Son niveau était sa première source de questionnements. Ensuite venait l’équipe elle-même. En admettant qu’il réussisse les qualificatifs, il fallait ensuite se faire une place dans l’équipe, s’entendre avec les membres de ladite équipe. Il ne s’agissait pas seulement de se faire sélectionner. Le talent ne faisait pas tout.

L’esprit d’équipe jouait beaucoup dans la réussite, et il le savait. La cohésion du groupe était importante. Il se demandait donc s’il allait réussir à s’entendre avec ses coéquipiers, si tout allait bien se passer. Mais il ne fallait pas mettre la charrue avant les boeufs. Il fallait d’abord qu’il réussisse à se faire remarquer par l’entraîneur lors des qualificatifs. Et ce n’était pas encore fait.

Le jour des qualificatifs, il y alla sereinement. Il avait réfléchi à tout ça et avait réussi à dédramatiser. Il y alla donc en ayant confiance en lui. Il fut retenu dans l’équipe. Son entraînement avait payé !

Pagination (Série lettres 2 : 16/26)

Elle devait rendre son article le lendemain, et elle l’avait terminé. Donc en principe, elle était tranquille. Elle avait même du temps devant elle. C’était un samedi ensoleillé, et cela lui avait donné envie de sortir. Elle alla donc se promener dans la rue, profitant de la vie. Tout allait bien, elle avait fini son travail, elle avait donc l’esprit reposé. Elle pouvait même aller faire un peu de vélo et faire un tour du pâté de maisons.

L’esprit en paix, elle rentra chez elle le soir après sa promenade. Elle se sentait bien, pour une fois. Pas stressée. Mais son sixième sens lui disait que quelque chose allait venir perturber ce moment. C’était souvent comme ça, de toute manière. Lorsqu’elle était heureuse, un élément perturbateur arrivait à l’improviste, et cela lui gâchait la journée. Elle serait encore plus gâchée que si l’incident était arrivé lors d’une journée ordinaire, puisqu’elle se sentait plus calme que d’habitude.

Rentrant dans son salon, elle voulut vérifier si son document était encore bon, pour se tranquilliser encore plus. C’était visiblement une très mauvaise idée. Car en cinq secondes, elle réussit à effacer toute la numérotation des pages. C’était une numérotation manuelle, et elle avait mis très longtemps à la faire. Et voilà. Le contrecoup. Le moment qui lui faisait regretter d’avoir profité de sa vie, pour une fois. Mais pourquoi elle ? Pourquoi ?

On ne pouvait pas réellement dire que c’était le karma, car elle n’avait rien fait de mal. C’était juste sa malchance habituelle. Elle passa plusieurs heures à tout renuméroter pour pouvoir le rendre le lendemain.

Obligation (Série lettres 2 : 15/26)

Il n’avait vraiment pas de chance. Pourquoi était-ce tombé sur lui ? Depuis qu’il était à la fac, cela ne lui était encore jamais arrivé. Mais connaissant sa malchance, cela aurait déjà dû lui arriver cent fois. Mais il ne s’en était rendu compte qu’au milieu de l’heure, et ce cours aller durer encore deux heures de plus. Mais pourquoi avait-il autant de malchance ? Il n’avait encore jamais eu ce genre de cours, et il n’y comprenait donc rien.

Mais il ne pouvait pas partir maintenant, ou tout l’amphithéâtre se moquerait de lui, et le prof aussi. Il ne voulait pas avoir une humiliation publique en plus de la honte qu’il ressentait en ce moment. Pourquoi s’était-il trompé de cours ? Le plus drôle, c’était que personne dans le cours ne s’était rendu compte qu’il ne faisait pas partie de cette licence. Tant mieux. Cela l’embêtait vraiment de manquer son vrai cours, mais bon.

Il aurait dû être dans un cours très différent de ce dernier, en ce moment. Mais pourquoi est-ce que la fac de lettres avait décidé d’héberger plusieurs licences de la fac de science ? Il aurait dû être dans un cours de littérature classique, et il se retrouvait dans un cours sur la finance. Il n’y comprenait rien, à ces « obligations » dont le prof parlait depuis tout à l’heure. Bon, perdu pour perdu, il décida de suivre le cours.

Il sortit un stylo et un carnet et commença à prendre des notes. Puisqu’il était là, autant s’éduquer sur les « obligations » en finance. Il n’aurait probablement aucune autre occasion de se renseigner là dessus après ce cours. Mais à présent qu’il savait que certaines classes ne savaient pas voir les intrus, pourquoi ne pas essayer de se faufiler dans un autre cours, une autre fois ? Non. Absolument pas. Pourquoi avait-il pensé cela ? C’était n’importe quoi ! Il était déjà en train de rater bêtement un cours important parce qu’il était stupide et s’était trompé de cours, il n’allait pas en manquer d’autres volontairement !

Nature morte (Série lettres 2 : 14/26)

Il avait tout essayé. Les portraits. Les groupes. Les groupes. Les portraits. Rien n’allait. Il avait perdu son talent. Et puis la photographie ne l’aidait pas vraiment à exercer son métier sans stresser. Car les peintres existaient encore, mais pour gagner de l’argent dans ce milieu, il fallait être fou, s’être coupé une oreille, faire partie d’un mouvement de peintres… Il n’avait rien de tout ça. Il n’était qu’un peintre qui peignait très bien, mais dont les oeuvres manquaient d’âme. C’était bien, de savoir reproduire la réalité sur un chevalet, mais encore fallait-il savoir saupoudrer les émotions aussi. Car un tableau sans émotions n’était pas vivant. Il lui manquait son essence, il manquait l’essentiel de ce qui faisait de l’art un art. Le ressenti. Il n’arrivait pas à faire ressortir des émotions sur la toile. Et à cause de ça, ses oeuvres étaient quelconques. À côté de Van Gogh, Picasso ou encore Renoir, il était terne. Ses toiles ressemblaient à n’importe quelle toile peinte par un étudiant sortant des Beaux-arts sans avoir compris à quoi servaient les émotions dans l’art.

Il fallait donc qu’il essaye autre chose que les portraits ou les groupes. Mais que pouvait-il peindre à la place ? Il en avait d’habitude, de ses portraits. C’était un choix pratique. Faire autre chose signifiait sortir de sa zone de confort. Et c’était peut-être précisément ce qu’il devait faire pour ne plus être terne. Pour trouver son propre style. Car copier des maîtres du domaine était une chose, mais créer ses propres oeuvres en était une autre. On aurait dit qu’il n’y avait qu’un pas, mais en réalité, il y avait la distance entre la Terre et la Lune, entre ces deux choses. Du moins si le peintre n’avait pas trouvé son style bien à lui. L’apprentissage par la recopie était une bonne idée, mais il fallait savoir se détacher des grands peintres à un moment. Il fallait tomber du nid.

Un jour, un ami lui suggéra qu’il fasse des natures mortes et qu’il cesse de peindre des personnes. Ce fut un bon conseil, car il devint connu pour ses natures mortes.

Machine (Série lettres 2 : 13/26)

Il avait une routine bien installée. Quand il se levait le matin, il faisait toujours les mêmes choses dans le même ordre et à la même heure. Jamais il ne changeait ce rythme. Jamais il ne faisait une chose avant l’autre ou une chose après l’autre. Il y avait un ordre établi, il fallait s’y tenir. Il ne faisait pas non plus des choses à une heure différente et il n’oubliait jamais rien. Il avait donc un emploi du temps identique pour chaque jour, sauf les weekends où ce dernier variait un peu. Mais dans l’ensemble, c’était un peu comme s’il vivait la même journée à l’infini. Rien ne changeait jamais, saif peut-être les saisons et les gens croisés dans la rue. Il n’avait pas de famille proche, étant fils unique et ayant perdu ses parents longtemps auparavant. Donc il n’allait voir personne, il n’était proche de personne. Personne ne venait jamais briser sa routine. Il vivait seul et n’avait pas d’animaux. Il ne parlait pas aux voisins.

Chaque jour de la semaine, il se levait à 7h00, regardait par la fenêtre à la même heure pendant dix minutes, puis il se dirigeait vers la salle de bain, se lavait et s’habillait pendant quinze minutes. Tout était réglé comme du papier à musique. Tout s’enchaînait. Si tout ne se produisait pas dans cet ordre là…Il ne savait pas ce qu’il se passerait dans ce cas précis, car ce n’était encore jamais arrivé. Après s’être habillé, il mangeait toujours le même repas sur sa table de salle à manger : un café et deux tartines. Tous les matins. Pas une tartine de plus, pas une de moins. Après le repas qui durait toujours dix minutes, il faisait la vaisselle et nettoyait ce qui semblait être toujours les mêmes miettes sur la table. Si on l’avait filmé chaque jour, on aurait pu se croire dans Un jour sans fin. Sauf que sa routine, il se l’était créée lui-même. Ensuite, il partait travailler, à la même heure chaque jour. Il pointait à la même heure à son travail. Il avait un travail répétitif, ce qui faisait qu’il faisait la même chose chaque jour. De la paperasse. Toujours la même. À la fin de la journée, il rentrait, il mangeait sa soupe et il se couchait tôt.

Le weekend, la journée variait un peu car il lisait toute la journée. Mais ses repas étaient quand même à heure fixe. Il fonctionnait tous les jours comme une machine. Une machine bien huilée.