Nature morte (Série lettres 2 : 14/26)

Il avait tout essayé. Les portraits. Les groupes. Les groupes. Les portraits. Rien n’allait. Il avait perdu son talent. Et puis la photographie ne l’aidait pas vraiment à exercer son métier sans stresser. Car les peintres existaient encore, mais pour gagner de l’argent dans ce milieu, il fallait être fou, s’être coupé une oreille, faire partie d’un mouvement de peintres… Il n’avait rien de tout ça. Il n’était qu’un peintre qui peignait très bien, mais dont les oeuvres manquaient d’âme. C’était bien, de savoir reproduire la réalité sur un chevalet, mais encore fallait-il savoir saupoudrer les émotions aussi. Car un tableau sans émotions n’était pas vivant. Il lui manquait son essence, il manquait l’essentiel de ce qui faisait de l’art un art. Le ressenti. Il n’arrivait pas à faire ressortir des émotions sur la toile. Et à cause de ça, ses oeuvres étaient quelconques. À côté de Van Gogh, Picasso ou encore Renoir, il était terne. Ses toiles ressemblaient à n’importe quelle toile peinte par un étudiant sortant des Beaux-arts sans avoir compris à quoi servaient les émotions dans l’art.

Il fallait donc qu’il essaye autre chose que les portraits ou les groupes. Mais que pouvait-il peindre à la place ? Il en avait d’habitude, de ses portraits. C’était un choix pratique. Faire autre chose signifiait sortir de sa zone de confort. Et c’était peut-être précisément ce qu’il devait faire pour ne plus être terne. Pour trouver son propre style. Car copier des maîtres du domaine était une chose, mais créer ses propres oeuvres en était une autre. On aurait dit qu’il n’y avait qu’un pas, mais en réalité, il y avait la distance entre la Terre et la Lune, entre ces deux choses. Du moins si le peintre n’avait pas trouvé son style bien à lui. L’apprentissage par la recopie était une bonne idée, mais il fallait savoir se détacher des grands peintres à un moment. Il fallait tomber du nid.

Un jour, un ami lui suggéra qu’il fasse des natures mortes et qu’il cesse de peindre des personnes. Ce fut un bon conseil, car il devint connu pour ses natures mortes.

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