(Le destin, ce puzzle) Chapitre 14 : Le devoir de Daisy

Aujourd’hui, Daisy était dans tous ses états. Elle allait et venait dans l’appartement d’une façon beaucoup plus énergique que d’habitude, c’est à dire qu’on aurait dit qu’il y avait le feu. En principe, elle marchait en traînant les pieds, mais là, elle avançait à grandes enjambées, ayant l’air très affairée.Mina et Paula la regardaient passer, interdites. Mais qu’avait-elle ? Elle se comportait ainsi depuis bien une demi-heure, et il n’y avait aucun signe de changement dans les prochaines minutes. Elle allait continuer encore un bon moment, a priori. 

Ce ne fut que quand Mina se mit en travers de son chemin qu’elle s’arrêta, mais seulement pour lui dire de s’écarter, qu’elle était occupée. Paula lui demanda alors ce qu’elle faisait, en profitant tant qu’elle était coincée par Mina. Elles finirent par savoir qu’elle avait un devoir à faire pour un de ses cours. C’était pour un cours d’art, et elle était en retard, le temps pour le rendre arrivait bientôt. Elle n’avait pas commencé le travail et elle s’affolait le weekend avant. Effectivement, il y avait de quoi s’agiter de la sorte. Comment allait-elle faire ? Apparemment, il n’y avait pas de sujet, il fallait en trouver un. Et c’était précisément ce qui faisait paniquer Daisy. 

Mina et Paula réfléchirent un moment. Elles voulaient l’aider à trouver une idée. De toute manière, elles ne pourraient pas l’aider sur le devoir lui-même, elles n’étaient pas exactement douées en dessin ou en peinture. Ce fut finalement en se promenant dans l’appartement que Paula trouva la solution. Elle venait de revenir dans la cuisine, quand elle vit la corbeille de fruits. Mais bien sûr ! Daisy pouvait faire une sorte de nature morte revisitée! Elle courut en parler à l’intéressée qui la remercia chaudement de lui avoir trouvé un sujet. Elle se mit aussitôt au travail.Trois jours (et au moins deux nuits blanches) plus tard, elle leur présenta le résultat final. C’était magnifique. Elles la félicitèrent pour avoir réussi à faire une telle œuvre d’art en ayant très peu de temps. Mais Paula lui dit de s’y prendre beaucoup plus tôt, la prochaine fois. Cela causerait moins de stress à tout le monde…

(Le destin, ce puzzle) Chapitre 13 : La triste fin de la machine à laver

Elle avait rendu l’âme. C’était fini. Il n’y avait vraiment plus rien à faire pour elle. C’était désolant. Daisy avait essayé de l’utiliser un matin, et elle n’avait plus voulu lancer le cycle de lavage. Plus jamais. Elle avait fait son chant du cygne. La lumière verte s’était éteinte à jamais. Mais les filles n’étaient pas sentimentales. Leur tristesse avait une toute autre raison. Elles n’avaient pas pour habitude de s’attacher aux objets comme certaines personnes le faisaient parfois. Non, c’était plutôt parce qu’elles n’avaient plus rien pour laver leur linge, et le temps qu’elles puissent en racheter une et la faire installer, cela allait prendre des mois. 

Elles n’avaient plus le choix. Il fallait qu’elles aillent à la laverie. C’était bien triste, mais c’était vrai. Une demi-heure de marche (car la seule voiture qu’elles avaient n’était pas en bonne forme) était nécessaire pour aller à la laverie la plus proche. En plus, il leur fallait avoir de la monnaie pour les machines automatiques à pièces de la laverie. Elles ne payaient pratiquement que par carte ce qu’elles achetaient habituellement, alors il allait falloir changer leurs façons de faire. Et de manière radicale. Car sans monnaie, la machine ne fonctionnerait pas. Et elles ne pourraient pas laver leur linge. 

Autre problème de la laverie, il leur fallait soit attendre que le linge soit lavé, soit aller deux fois à la laverie, et donc marcher pendant littéralement deux heures en tout avec les allers-retours. Vraiment, cette machine à laver aurait pu, aurait dû rester en vie un peu plus longtemps. 

(Le destin, ce puzzle) Chapitre 12 : Laconiquement

Lorsque Mina commença à se comporter de la sorte, elles virent aussitôt qu’il y avait un problème. Elle qui d’habitude était très volubile devint très silencieuse, laconique. Chaque fois qu’une des autres filles voulaient lui parler, elle répondait d’une façon très brève qui n’invitait pas vraiment à la conversation. 

Daisy et Paula se concertèrent. Il fallait faire quelque chose, Mina avaitvisiblementdes problèmes. Elles savaient qu’elle viendrait les voir si elle voulait leur en parler, mais cette fois-ci, cela avait l’air suffisamment grave pour qu’elle se renferme sur elle-même. C’était pourtant plus ce que faisait Paula. Mina parlait toujours de ses problèmes aux autres filles, cela l’aidait à trouver une solution. Peut-être s’était-elle dit que ce problème n’avait pas de solution ? C’était possible, après tout, car cette toute nouvelle approche ne lui ressemblait pas du tout. C’était l’opposé de ce qu’elle faisait en principe. 

Les filles n’allèrent pas la voir tout de suite. Elles attendirent de voir si elle viendrait. Ayant attendu plusieurs heures et ne la voyant pas venir, elles décidèrent de passer à l’action. Quelque chose n’allait pas, et ce n’était pas en gardant toutes ses émotions à l’intérieur d’elle-même que Mina allait pouvoir contrer le souci qui la minait actuellement. Mais une fois devant la porte de sa chambre, elles hésitèrent. Comment s’y prendre ? Au moment où Paula allait frapper à la porte,Mina sortit de sa chambre, se précipitant dans les bras des deux autres filles. Elle pleurait. Elle était venue les voir, finalement. Elle leur expliqua qu’elle venait de perdre son grand-père. Daisy la mena vers le canapé, et Paula partit dans la cuisine, rapportant de la glace et des mouchoirs. Elles ne pouvaient pas faire revenir son grand-père. Mais elles pouvaient la réconforter. 

(Le destin, ce puzzle) Chapitre 11 : Karting

Ce n’étaient pas les filles qui l’avaient décidé, mais finalement, elles avaient apprécié l’idée. Il s’agissait de passer une journée entre elles dans un parc d’attraction ou autre part. En d’autres termes, de se voir à un autre endroit que dans cet appartement dans lequel elles commençaient à devenir un peu claustrophobes. Sortir un peu de la routine et ne pas se voir que dans un contexte d’université. Au début, elles avaient été contre. Car en dépit du fait qu’elles se soient rapprochées, elles n’étaient pas meilleures amies non plus. Elles avaient des amies à côté qu’elles auraient bien aimé voir au lieu de toujours voir leurs colocataires. 

L’idée proposée par Mina avait été d’aller faire des montagnes russes, mais ni Daisy ni Paula n’aimaient l’idée de monter dans de petits wagons et d’être lancés à grande vitesse dans des pentes, alors cette idée fut mise de côté assez vite. Il y eut d’autres propositions, mais celle qui fit l’unanimité fut celle du karting. Elles en avaient fait dans des jeux vidéos, mais jamais en vrai.C’était plutôt tentant, à vrai dire.Et pas aussi effrayant que les montagnes russes. 

Elles partirent donc faire du karting et elles s’amusèrent beaucoup. Elles firent plusieurs courses et Daisy les remporta presque toutes. L’avant-dernière fut gagnée par Mina qui en avait eu assez de voir toujours Daisy gagner et pas elle. Elles laissèrent Paula gagner la dernière, mais cette dernière n’était pas très intéressée par les courses. Elle s’amusait juste à faire le tour de la piste dans une mini voiture. Elles prirent des photos qu’elles placèrent ensuite dans un cadre dans leur salon. 

(Le destin, ce puzzle) Chapitre 10 : Jaserie

Un jour que Daisy et Mina étaient rentrées plus tôt car un de leurs cours avait été annulé, elles virent la troisième colocataire, Paula, entrer dans l’appartement en pleurs. Cette dernière ne s’arrêta pas pour leur expliquer ce qu’il s’était passé pour qu’elle soit dans cet état, elle courut directement vers sa chambre, fermant hâtivement la porte pour qu’elles ne la voient pas pleurer. Elle espérait visiblement que les deux autres n’aient rien vu de son petit manège et qu’elles la laissent tranquille. Mais c’était compter sans la ténacité de Mina et Daisy. Elles l’avaient vu pleurer, elles n’allaient pas la laisser seule face à son chagrin. Elles se regardèrent, puis elles se levèrent comme un seul homme, se dirigeant d’un pas décidé vers la porte de la chambre de leur amie. Car oui, au fil des mois, elles s’étaient rapprochées. 

Ne voulant pas la brusquer, elles frappèrent simplement à la porte. Un sanglot étouffé leur parvint, mais Paula ne vint pas voir ce qu’elles voulaient. Elle ne leur répondit pas non plus. C’était grave, visiblement. Mina voulut ouvrir la porte, mais Daisy la retint. Elle dit à Paula qu’elles étaient là si elle voulait en parler, et qu’elles seraient toujours là pour l’épauler, quoi qu’il arrive. Elle ajouta qu’elles allaient la laisser tranquille pour le moment, et qu’il suffisait qu’elle leur ouvre la porte ou qu’elle leur dise d’entrer pour qu’elles viennent si elle avait besoin. Elles commencèrent à repartir vers le salon. 

Elles n’avaient même pas atteint ladite pièce que la porte s’ouvrit, dévoilant une Paula au visage rougi par les larmes. Elle sanglotait. Daisy et Mina se précipitèrent vers elle, la menant doucement vers le canapé. Elles la firent assoir, se positionnant de part et d’autre d’elle. Paula commença à leur raconter ce qui lui était arrivé, son récit entrecoupé de sanglots. Elle avait posé sa tête sur l’épaule de Daisy qui l’avait prise dans ses bras. Mina l’écoutait, le visage extrêmement sérieux. Apparemment, un groupe d’élèves avaient fait de Paula un bouc émissaire. Ils se moquaient d’elle dès qu’ils la voyaient. Cela durait depuis des semaines, mais elle n’avait jamais rien osé dire de peur des représailles. En plus, il lui semblait que le harcèlement était plutôt physique, pas moral. Elle n’avait pas jugé bon de raconter son histoire car elle ne savait pas que le harcèlement moral existait. 

Mina serra les poings. Comment ne l’avaient-elles pas remarqué ? Elle demanda à Paula qui lui faisait subir ça. Paula lui expliqua de qui il s’agissait, mais Daisy dit à Mina que cette histoire n’allait certainement pas se résoudre dans la violence. Elles allaient aller en parler aux profs qui eux sauraient quoi faire. Et à partir de maintenant, elles allaient accompagner Paula en cours pour éviter que ces ordures ne recommencent. Elle ajouta que Mina pouvait tout à fait leur faire un croche-patte en passant, si elle voulait, ils ne l’auraient pas volé. Mais elle continua en disant que c’était une blague, il valait mieux ne pas faire ça. Daisy aussi était énervée de ne pas avoir vu ce qu’il se passait avant ce soir-là, mais elle savait très bien qu’il valait mieux ne pas en venir aux mains ou elles auraient elles aussi des ennuis. Elles allèrent donc en parler à leurs professeurs qui firent punir et même expulser certains des coupables. Ce n’était apparemment pas la première fois qu’ils agissaient de la sorte contre quelqu’un. Mina s’énerva en entendant ça. Si les profs le savaient, alors comment ces élèves pouvaient-ils être encore dans l’université ?Daisyacheta les gâteaux préférés de Paula et elles regardèrent un film pour se changer les idées. Paula admit qu’elle aurait sans doute dû leur en parler, ou à un prof, mais que c’était difficile. 

(Le destin, ce puzzle) Chapitre 9 : Les anglais sont arrivés

Un jour qu’elles n’avaient pas cours, elles décidèrent de sortir quelque part toutes les trois. Après tout, elles ne faisaient que se croiser dans l’appartement. Elles se connaissaient, mais uniquement parce qu’elles vivaient ensemble. Elles ne savaient pas grand-chose les unes sur les autres. Une petite sortie allait donc leur faire du bien. C’était Daisy qui en avait eu l’idée. Mais les deux autres filles l’attendaient, et elles ne l’avaient pas encore vue de la journée. Où était-elle passée ? Elle avait proposé la sortie, et à présent, elle ne se montrait pas. C’était étrange, surtout de la part d’une fille comme Daisy. Elle aimait beaucoup sortir. 

Au bout d’un moment, elles allèrent voir dans sa chambre. Elle était là, allongée sur le lit. Mina et Paula comprirent immédiatement ce qu’il lui arrivait. Elle se tenait le ventre et elle avait l’air de détester la vie. Elles pouvaient tout à fait comprendre. Les anglais étaient arrivés. Elle avait ses règles. Et elle ne semblait pas avoir de solution pour les maux de ventre puissants qui lui détruisaient l’intérieur à ce moment-là. Paula courut dans sa chambre, revenant avec des comprimés d’ibuprofène. Mina lui proposa sa solution à elle. Il s’agissait d’une bouillotte à poser sur son ventre pour soulager la douleur. Daisy accepta les deux en grimaçant, reconnaissante mais ayant toujours l’impression qu’on lui donnait des coups de poing dans le bas ventre. 

Paula et Mina s’installèrent avec elle sur le lit. Elles n’allaient évidemment pas sortir sans elle, surtout en sachant qu’elle se sentait très mal. Elles passèrent la soirée là, regardant un film comique pour distraire Daisy. Elles s’endormirent là. 

(Le destin, ce puzzle) Chapitre 8 : La hanche

Ce jour-là, elles avaient encore eu une idée de décoration. Mais la décoration n’était pas toujours une activité qui se terminait bien, dans cet appartement, apparemment. Avant, il y avait eu les disputes, et maintenant, ça. Décidément, ce n’était pas un bon bilan. Cette fois-ci, elles avaient acheté un nouveau tableau. Bien sûr, elles n’allaient pas faire des trous dans les murs, elles n’avaient pas le droit à moins de demander la permission au propriétaire qui n’allait probablement jamais les autoriser à percer ses murs pour un petit tableau qui n’allait sans doute pas rester pour toujours sur le mur. 

Daisy, qui avait toujours des idées brillantes, avait trouvé un système de fixation ne nécessitant pas de trous. Un système tout nouveau et révolutionnaire, avait-elle dit. Les deux autres se méfiaient un peu de ses idées fabuleuses. Après tout, elles vivaient toutes les trois depuis plusieurs mois, et les idée de Daisy, bien qu ‘  « extraordinaires » selon elle, étaient loin de l’être. Elles se finissaient souvent extraordinairement mal. C’était la seule chose extraordinaire qu’elles avaient, malheureusement. La base de l’idée était souvent bonne, comme celle d’accrocher un tableau. Tester une méthode de fixation expérimentale était une moins bonne idée, par contre. Car personne ne pouvait prévoir le désastre à venir. Bien sûr, il arrivait que rien ne se passe, et dans ce cas, tout le monde était content. Aussi bien les voisins que les deux autres filles qui vivaient avec elle dans cet appartement. 

Il y avait donc des jours avec, et des jours sans. Eh bien c’était un jour sans. De toute manière, cette phrase ne pouvait pas être suivie de : « c’était un jour avec », cette suite n’existait pas. Cette phrase servait à annoncer des désastres. C’était comme ça. C’était donc un jour sans. Vraiment sans. Le tableau ne put pas être accroché, et ce ne fut pas le seul malheur de cette histoire. Cela aurait pu être le seul malheur, mais la vie n’était pas ainsi. Elles avaient emprunté un escabeau à un voisin. Mina avait décidé que les deux autres allaient faire n’importe quoi et tomber et elle s’était donc autoproclamée poseuse de tableau sur le mur. Mauvaise idée. 

C’était la raison pour laquelle elle était à présent sur un lit d’hôpital.Elle s’était fait mal à la hanche en tombant de l’escabeau car le « système innovant » de Daisy était tombé aussitôt après avoir été mis en place, et elle avait voulu le rattraper, provoquant ainsi sa chute. Cet accident déclencha la création d’une règle primordiale dans l’appartement : ne jamais écouter Daisy quand l’idée semblait farfelue. Même un peu. Peut-être valait-il mieux ne pas prendre ses idées en compte du tout, car après tout, les exemples d’idées qui finissaient bien étaient assez rares. 

(Le destin, ce puzzle) Chapitre 7 : Galère sur galère

Tout allait bien, à l’appartement. Enfin non, en réalité, tout n’allait pas bien. Ce matin-là, il était question du loyer. Les filles n’avaient pas assez pour le payer ce mois-ci. Elles avaient pourtant divisé la somme à parts égales. C’était incompréhensible. Que s’était-il passé ? Elles habitaient là depuis plusieurs moisdéjà, et elles n’avaient encore jamais eu ce genre de problème. L’une d’elles avait dû ne pas mettre assez dans la cagnotte. Après une petite enquête, il fut révélé que Paula n’avait pas mis toute sa part. Mais pourquoi ? Mina voulait lui crier dessus, mais Daisy comprit que le problème était bien plus qu’un problème d’argent. Elles allèrent donc lui parler pour essayer de comprendre ce qu’il lui arrivait. 

Elles apprirent ainsi que Paula avait coupé les ponts avec ses parents, et ses parents étaient ceux qui l’avaient aidé à payer sa part du loyer jusque là. Elles comprirent aussi à demi mots qu’elle leur avait révélé quelque chose qui ne leur avait pas plu, mais alors pas du tout, menant à des mots définitifs et blessants. Elle n’avait donc plus de quoi payer le loyer pour ce mois-ci. Les deux autres filles furent très compréhensives, elles voyaient bien que Paula était bouleversée par cette conversation avec ses parents. Elles ne la poussèrent pas à en parler plus. Elle leur en parlerait plus tard, si elle le jugeait utile, en temps voulu. Pour le moment, elles proposèrent de donner la somme qui manquait à deux, elle les rembourserait quand elle voulait. Elles lui suggérèrent aussi de trouver un travail pour ne plus avoir le même problème. Elles allaient l’aider à chercher. Paula les remercia et elle se mit à pleurer. Toute la tension qui l’animait depuis le début de la conversation s’était relâchée en même temps. Daisy la prit dans ses bras, faisant signe à Mina d’aller faire un chocolat chaud. Ce soir, elles allaient faire tout pour que leur amie aille mieux. 

(Le destin, ce puzzle) Chapitre 6 : Le feuilleton

Un jour, un des parents des filles vint à l’appartement. Il leur parla des feuilletons. Au début, elles pensèrent toutes qu’il voulait parler des séries télévisées, mais en fait, il faisait référence aux feuilletons publiés dans les journaux. Un épisode ou chapitre était publié chaque jour ou chaque semaine, selon la fréquence de publication du journal. Cela existait toujours, d’ailleurs, même si c’était un peu moins répandu qu’à une certaine époque. 

Après le départ du père de Mina, l’une d’elle descendit acheter un journal où il y avait un de ces feuilletons. Lorsqu’elle remonta, toutes trois se pressèrent autour du journal et l’une d’elle fit la lecture aux deux autres car à trois sur un seul journal, le confort de lecture n’était pas fameux. A leur grande surprise, le feuilleton n’était pas aussi mauvais qu’elles auraient pu croire. Les épisodes n’étaient pas longs sans être pour autant très courts, le suspens était présent à la fin et cela donnait envie de lire la suite, et donc d’acheter le journal suivant.

Contrairement à certains feuilletons qui étaient tirés de livres, celui-là avait été écrit au fur et à mesure, comme Charles Dickens l’avait fait avec Oliver Twist. Et cela se voyait. Il y avait quelque chose de plus libre, dans cette écriture. Quelque part, cela leurs faisait penser aux fanfictions qu’elles pouvaient trouver sur internet, les fautes en moins. Même si toutes les fanfictions n’étaient pas toujours pleines de fautes d’orthographe. En tout cas, les fanfictions leur offraient une sorte de pont entre les feuilletons et elles, ce qui les encouragea à continuer à acheter le journal et à se le lire entre elles, créant ainsi un moment de complicité entre elles, une occasion de se réunir alors qu’elles ne faisaient que se croiser dans l’appartement, en principe.