Obsédant (Série lettres 3 : 15/26)

Tout avait commencé avec ce journal. Elle le lisait chaque semaine, rien d’extraordinaire jusque là. Elle l’avait ouvert à la page des conseils beauté, comme à son habitude. Puis elle l’avait feuilleté jusqu’à tomber sur sa page préférée, celle des films. Elle ne la regardait en général que le weekend, plus précisément le samedi, avant d’aller au cinéma. C’était une grande « fan » de cinéma. Elle y allait toutes les semaines, donc quatre fois par mois si elle n’avait pas autre chose à faire.

Ce jour-là, elle avait décidé de regarder sa page préférée, celle des films, en début de semaine. Ce qui était une grosse erreur, car elle savait que lorsqu’elle voyait un film qui lui plaisait, elle ne pouvait plus arrêter d’y penser, pas même une seconde. Elle avait déjà tenté l’expérience quelques années auparavant, et cette dernière n’avait pas été des plus agréable. Elle s’était juré de ne plus jamais recommencer. Mais il arrivait qu’elle oublie ce problème.

Et elle s’en rendait compte chaque fois trop tard, une fois qu’elle avait lu la page et vu un film intéressant. Cette fois-ci, il l’intéressait tout particulièrement, et elle passa une semaine épouvantable, juste parce qu’elle avait lu une page de journal un lundi au lieu d’un samedi. Il fallait vraiment qu’elle arrête d’oublier ça !

Et vous, aimez-vous regarder des films ?

Joker

French version

He had been going around it for so long that he had forgotten when he started doing it. It was at that point. He was spinning in a space so small that he was practically spinning around. He kept seeing the same things over and over again, but that wasn’t the saddest part of the story. He would forget what he saw seconds after he saw it. So he constantly felt like he was discovering new things. Maybe that was the most pathetic thing.

He knew that he was living with a human who was taking care of him by feeding him and changing his water. But if not, that was what his life was all about: going around endlessly in a rather small space, without ever remembering that he had been there the day before, the day before, and also a few seconds before. What a life!

But sometimes things happened that were different from his interminable routine. Humans had other animals besides themselves, and sometimes he would meet more or less nice people with these other animals. For example, he had barely escaped death a few days before. For him, who had no sense of time, it was not a memory that remained in his mind, nor did he remember the day in which these horrible events occurred.

On that day, therefore, he was spinning endlessly as usual, when suddenly a huge scary face appeared in front of him. It was all deformed by the glass, which made it even more frightful. But he was not afraid. The shape behind the glass came closer again, and suddenly something came into contact with the water. Curious, he went to see, interrupting its infinite circles. He went to bump into the strange shape, amused to have a visitor.

Believing he had made a friend, he stayed close to the unknown form. But he became frightened when something long suddenly entered the water, almost hitting him. He went to hide at the bottom of the water, very surprised by the betrayal of the form, which had seemed friendly to him.

The human had seen that the cat was going to hurt him and he caught it before he could try to hit the fish with his paw again. The fish got an unexpected joker when its fate seemed to be sealed.

Other English texts

Catégorie Liste lettres (French)


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Authenticity

The work of art was there. Placed right in the middle of the wall. Jealously guarded. Covered with different alarm systems. When visitors came to admire it, they sometimes stayed several hours to contemplate it, to comment on it, to take pictures (without flash, so as not to damage it) or to try to draw … Lire la suite Authenticity

Chained

French version Chained. He was in chains. Like a convict, like a criminal. Yet he had done nothing. He was sure of that. Why was he so sure? Why was he treated like that? It wasn’t fair. It wasn’t right. But the person who had done this to him didn’t know right from wrong. He … Lire la suite Chained

Gums

French version Once upon a time, there was a farmer who had fields in abundance. He kept expanding his property because the crops were always good. He had inherited the farm when his parents died, and since then the farm had flourished. He had hired more labor, bought the properties of several of his neighbors, … Lire la suite Gums

Outfit

French version She looked at herself in the mirror. The slightest wrinkle always jumped out at her. She would then quickly cover it with makeup. She wasn’t old, though. And she knew it. But this world made her forget that fact. In this world, all the little flaws could be seen as the nose in … Lire la suite Outfit

Insect

French version Her passion for insects went way back. She couldn’t even remember when she first became interested in them. Was it just a moment? It was probably a set of moments that had led to her loving these little bugs, as much as they were, useful to nature as they were. She loved them … Lire la suite Insect

Naval (Série lettres 3 : 14/26)

Il n’aurait pas pu le prévoir, pensa-t-il entre deux hauts-le-coeur. Il n’aurait vraiment pas pu le savoir à l’avance. Cela ne lui avait jamais fait ça, quand il était monté dans des bateaux, étant petit. Le mal de mer ne s’était jamais fait sentir. Eh bien apparemment, il avait changé. Ou alors les bateaux de son enfance avaient moins tangué, et il ne s’était jamais rendu compte qu’il avait le mal de mer.

En tout cas, son premier jour de travail commençait mal. Lui qui avait cru très bien s’en sortir justement parce qu’il avait eu une expérience avec les bateaux auparavant…C’était assez embêtant, d’avoir le mal de mer, pour un employé fraîchement embauché pour un poste de serveur sur un bateau de croisière. Une croisière qui devait durer plusieurs semaines. Il ne pouvait pas exactement descendre du bateau, à présent qu’on était loin de la terre.

Non, vraiment, ce devait être sa malchance qui avait provoqué ça. Être bloqué sur un bateau pendant des semaines alors qu’on avait le mal de mer, c’était vraiment pas de chance. Surtout qu’il était là pour travailler.

Et vous, avez-vous le mal de mer ? Ou avez-vous déjà travaillé sur un bateau ?

Maïdan (Série lettres 3 : 13/26)

Dans la maison de ses parents, il y avait beaucoup de choses. Des choses empilées, des choses oubliées, des choses pleines de souvenirs. Il se rappelait avoir souvent joué dans la cuisine à côté de la table, tandis que sa mère lui disait et lui répétait qu’il devait faire attention aux coins de la table, qu’il allait se cogner. A cette époque-là, les protections destinées à éviter que les enfants se cognent dans les coins n’existaient pas ou peu. Il avait donc eu de nombreux bleus causés par sa maladresse, ou son incapacité à écouter sa mère.

Dans le séjour, il se souvenait des parties de dames avec son oncle, quand il venait. Ce dernier le laissait parfois gagner pour lui faire plaisir, chose qu’il n’avait appris que récemment. Il s’était cru doué, il ne l’était pas. Les rares fois où il avait gagné n’étaient pas de la chance ou du talent. Cela l’attristait un peu, mais cela n’avait jamais pu ternir les souvenirs liés à ce jeu. Il n’y avait jamais rejoué, mais il se remémorait régulièrement ces parties jouées avec son oncle.

Le jardin, aujourd’hui plein de ronces et d’arbres les uns sur les autres faute de jardinier pour s’en occuper, avait été jadis un endroit cher à son coeur. Il y avait passé beaucoup de temps, jouant dans les herbes, courant jusqu’à s’en épuiser, contemplant le ciel allongé sur la pelouse.

Mais son endroit préféré restait toujours et encore ce que son père appelait le Maïdan, une sorte de place près de la maison où ses parents recevaient des invités. Ils avaient beaucoup d’amis, tous très différents les uns des autres, mais qui parvenaient quand même à s’entendre. Cela le fascinait.

Aujourd’hui, il devait vendre la maison. Devait-il laisser derrière tous ces souvenirs qui valaient plus, beaucoup plus que la somme d’argent qu’allait lui donner le nouveau propriétaire ? Il ne pouvait malheureusement pas la garder. Il n’en avait pas les moyens. Il fallait qu’il emporte ses souvenirs avec lui, et qu’il vende la maison, pour lui permettre d’héberger de nouveaux souvenirs.

Et vous, avez-vous déjà eu à vendre une maison pleine de souvenirs ?