Pagination (Série lettres 2 : 16/26)

Elle devait rendre son article le lendemain, et elle l’avait terminé. Donc en principe, elle était tranquille. Elle avait même du temps devant elle. C’était un samedi ensoleillé, et cela lui avait donné envie de sortir. Elle alla donc se promener dans la rue, profitant de la vie. Tout allait bien, elle avait fini son travail, elle avait donc l’esprit reposé. Elle pouvait même aller faire un peu de vélo et faire un tour du pâté de maisons.

L’esprit en paix, elle rentra chez elle le soir après sa promenade. Elle se sentait bien, pour une fois. Pas stressée. Mais son sixième sens lui disait que quelque chose allait venir perturber ce moment. C’était souvent comme ça, de toute manière. Lorsqu’elle était heureuse, un élément perturbateur arrivait à l’improviste, et cela lui gâchait la journée. Elle serait encore plus gâchée que si l’incident était arrivé lors d’une journée ordinaire, puisqu’elle se sentait plus calme que d’habitude.

Rentrant dans son salon, elle voulut vérifier si son document était encore bon, pour se tranquilliser encore plus. C’était visiblement une très mauvaise idée. Car en cinq secondes, elle réussit à effacer toute la numérotation des pages. C’était une numérotation manuelle, et elle avait mis très longtemps à la faire. Et voilà. Le contrecoup. Le moment qui lui faisait regretter d’avoir profité de sa vie, pour une fois. Mais pourquoi elle ? Pourquoi ?

On ne pouvait pas réellement dire que c’était le karma, car elle n’avait rien fait de mal. C’était juste sa malchance habituelle. Elle passa plusieurs heures à tout renuméroter pour pouvoir le rendre le lendemain.

Obligation (Série lettres 2 : 15/26)

Il n’avait vraiment pas de chance. Pourquoi était-ce tombé sur lui ? Depuis qu’il était à la fac, cela ne lui était encore jamais arrivé. Mais connaissant sa malchance, cela aurait déjà dû lui arriver cent fois. Mais il ne s’en était rendu compte qu’au milieu de l’heure, et ce cours aller durer encore deux heures de plus. Mais pourquoi avait-il autant de malchance ? Il n’avait encore jamais eu ce genre de cours, et il n’y comprenait donc rien.

Mais il ne pouvait pas partir maintenant, ou tout l’amphithéâtre se moquerait de lui, et le prof aussi. Il ne voulait pas avoir une humiliation publique en plus de la honte qu’il ressentait en ce moment. Pourquoi s’était-il trompé de cours ? Le plus drôle, c’était que personne dans le cours ne s’était rendu compte qu’il ne faisait pas partie de cette licence. Tant mieux. Cela l’embêtait vraiment de manquer son vrai cours, mais bon.

Il aurait dû être dans un cours très différent de ce dernier, en ce moment. Mais pourquoi est-ce que la fac de lettres avait décidé d’héberger plusieurs licences de la fac de science ? Il aurait dû être dans un cours de littérature classique, et il se retrouvait dans un cours sur la finance. Il n’y comprenait rien, à ces « obligations » dont le prof parlait depuis tout à l’heure. Bon, perdu pour perdu, il décida de suivre le cours.

Il sortit un stylo et un carnet et commença à prendre des notes. Puisqu’il était là, autant s’éduquer sur les « obligations » en finance. Il n’aurait probablement aucune autre occasion de se renseigner là dessus après ce cours. Mais à présent qu’il savait que certaines classes ne savaient pas voir les intrus, pourquoi ne pas essayer de se faufiler dans un autre cours, une autre fois ? Non. Absolument pas. Pourquoi avait-il pensé cela ? C’était n’importe quoi ! Il était déjà en train de rater bêtement un cours important parce qu’il était stupide et s’était trompé de cours, il n’allait pas en manquer d’autres volontairement !

Nature morte (Série lettres 2 : 14/26)

Il avait tout essayé. Les portraits. Les groupes. Les groupes. Les portraits. Rien n’allait. Il avait perdu son talent. Et puis la photographie ne l’aidait pas vraiment à exercer son métier sans stresser. Car les peintres existaient encore, mais pour gagner de l’argent dans ce milieu, il fallait être fou, s’être coupé une oreille, faire partie d’un mouvement de peintres… Il n’avait rien de tout ça. Il n’était qu’un peintre qui peignait très bien, mais dont les oeuvres manquaient d’âme. C’était bien, de savoir reproduire la réalité sur un chevalet, mais encore fallait-il savoir saupoudrer les émotions aussi. Car un tableau sans émotions n’était pas vivant. Il lui manquait son essence, il manquait l’essentiel de ce qui faisait de l’art un art. Le ressenti. Il n’arrivait pas à faire ressortir des émotions sur la toile. Et à cause de ça, ses oeuvres étaient quelconques. À côté de Van Gogh, Picasso ou encore Renoir, il était terne. Ses toiles ressemblaient à n’importe quelle toile peinte par un étudiant sortant des Beaux-arts sans avoir compris à quoi servaient les émotions dans l’art.

Il fallait donc qu’il essaye autre chose que les portraits ou les groupes. Mais que pouvait-il peindre à la place ? Il en avait d’habitude, de ses portraits. C’était un choix pratique. Faire autre chose signifiait sortir de sa zone de confort. Et c’était peut-être précisément ce qu’il devait faire pour ne plus être terne. Pour trouver son propre style. Car copier des maîtres du domaine était une chose, mais créer ses propres oeuvres en était une autre. On aurait dit qu’il n’y avait qu’un pas, mais en réalité, il y avait la distance entre la Terre et la Lune, entre ces deux choses. Du moins si le peintre n’avait pas trouvé son style bien à lui. L’apprentissage par la recopie était une bonne idée, mais il fallait savoir se détacher des grands peintres à un moment. Il fallait tomber du nid.

Un jour, un ami lui suggéra qu’il fasse des natures mortes et qu’il cesse de peindre des personnes. Ce fut un bon conseil, car il devint connu pour ses natures mortes.

Machine (Série lettres 2 : 13/26)

Il avait une routine bien installée. Quand il se levait le matin, il faisait toujours les mêmes choses dans le même ordre et à la même heure. Jamais il ne changeait ce rythme. Jamais il ne faisait une chose avant l’autre ou une chose après l’autre. Il y avait un ordre établi, il fallait s’y tenir. Il ne faisait pas non plus des choses à une heure différente et il n’oubliait jamais rien. Il avait donc un emploi du temps identique pour chaque jour, sauf les weekends où ce dernier variait un peu. Mais dans l’ensemble, c’était un peu comme s’il vivait la même journée à l’infini. Rien ne changeait jamais, saif peut-être les saisons et les gens croisés dans la rue. Il n’avait pas de famille proche, étant fils unique et ayant perdu ses parents longtemps auparavant. Donc il n’allait voir personne, il n’était proche de personne. Personne ne venait jamais briser sa routine. Il vivait seul et n’avait pas d’animaux. Il ne parlait pas aux voisins.

Chaque jour de la semaine, il se levait à 7h00, regardait par la fenêtre à la même heure pendant dix minutes, puis il se dirigeait vers la salle de bain, se lavait et s’habillait pendant quinze minutes. Tout était réglé comme du papier à musique. Tout s’enchaînait. Si tout ne se produisait pas dans cet ordre là…Il ne savait pas ce qu’il se passerait dans ce cas précis, car ce n’était encore jamais arrivé. Après s’être habillé, il mangeait toujours le même repas sur sa table de salle à manger : un café et deux tartines. Tous les matins. Pas une tartine de plus, pas une de moins. Après le repas qui durait toujours dix minutes, il faisait la vaisselle et nettoyait ce qui semblait être toujours les mêmes miettes sur la table. Si on l’avait filmé chaque jour, on aurait pu se croire dans Un jour sans fin. Sauf que sa routine, il se l’était créée lui-même. Ensuite, il partait travailler, à la même heure chaque jour. Il pointait à la même heure à son travail. Il avait un travail répétitif, ce qui faisait qu’il faisait la même chose chaque jour. De la paperasse. Toujours la même. À la fin de la journée, il rentrait, il mangeait sa soupe et il se couchait tôt.

Le weekend, la journée variait un peu car il lisait toute la journée. Mais ses repas étaient quand même à heure fixe. Il fonctionnait tous les jours comme une machine. Une machine bien huilée.

Laconiquement (Série lettres 2 : 12/26)

Il ne savait pratiquement rien de lui. Il vivait dans le même immeuble depuis plusieurs années déjà, et il ne l’avait presque pas croisé. Il n’avait eu que peu d’occasions de lui parler. C’était pour ainsi dire un étranger pour lui. Et c’était aussi son voisin de palier. Il n’arrivait pas à y croire, quand il y réfléchissait bien. Cela faisait si longtemps…Et pourtant ils ne se connaissaient pas du tout. Quel dommage !

Mais bon, il pouvait comprendre. Chacun sa personnalité. Son voisin n’aimait visiblement pas beaucoup sortir de son appartement pour parler avec ses voisins. Il avait le droit. Il respectait son voisin, et il ne lui avait jamais reproché son comportement. Il n’y avait aucune loi qui interdisait aux gens de vivre en solitaire. Mais au fil des années, il était devenu curieux. Quel était le métier du voisin ? Savait-il cuisiner ? Aimait-il la musique pop ? D’ailleurs, qu’aimait-il comme musique ? Il n’entendait jamais de musique venant de l’appartement d’à côté.

Non pas qu’il aurait aimé que son voisin soit quelqu’un de bruyant, ça non. Mais il aurait peut-être voulu avoir un ami, ou tout au plus une connaissance, quelqu’un à qui demander du sel ou du beurre quand il n’en avait plus. Bon, pas seulement pour ça. Aussi pour lui parler, après tout, des voisins, surtout dans un immeuble, se croisaient forcément à un moment, à moins d’avoir des horaires très différents ou que l’un d’entre eux soit invisible ou fuie l’autre.

Depuis quelques années, il avait commencé à s’intéresser à ce voisin qu’il ne croisait que du bout du couloir. Les seules fois où il avait pu lui parler, le voisin avait été très laconique, rentrant chez lui aussitôt après la conversation.

Chaque année, il espérait avoir une vraie conversation avec lui, mais systématiquement, ses espoirs étaient déçus. Eh non, ce ne serait toujours pas pour cette année…

Karting (Série lettres 2 : 11/26)

Il avait commencé par dire non. Et quand Papa disait non…Eh bien apparemment cette phrase avait une toute autre fin que ce qu’on pouvait penser. Car on aurait pu croire que quand Papa disait non, c’était non, c’était définitif et tout réfléchi. Mais en réalité, quand Papa disait non, il y avait une chance qu’il change d’avis. On pouvait l’avoir à l’usure, si on insistait suffisamment. Et il savait qu’il était un faible, pour avoir cédé. Oui. Le Papa qui menaçait, celui qui diasait non, l’inflexible, avait dit oui après avoir subi trois jours de pression de la part de ces petits monstres ( pardon, de ces mignons, adorables chérubins). Il avait dit oui et il l’avait regretté bien vite. À la seconde ou le mot était sorti de sa bouche, il avait regretté d’avoir accepté. Mais il avait tenu trois jours avant de baisser les armes. Bon, ce n’était pas si grave. Les enfants n’avaient pas obtenu le droit de pouvoir fumer ou encore de se droguer. Non. Ce n’était pas ça.

La chose pour laquelle ils avaient fait tout ça, c’était….le karting ! En réalité, il avait toujours eu envie de faire du karting lui-même, et ce depuis longtemps. Alors résister à une proposition pareille avait été très, très difficile. Au début, il leur avait dit qu’ils étaient trop jeunes. Mais ces mini répliques de lui-même avaient sorti le dépliant explicatif, lui montrant que non, ils n’étaient pas trop jeunes, et que ce n’était donc pas un argument. C’était à ce moment-là qu’il avait regretté de les avoir aidé avec leurs devoirs de lecture. Ces mômes étaient bien trop intelligents. Ils savaient tenir un débat à cet âge ?! Mais quelle question. Pour obtenir ce qu’ils voulaient, bien sûr qu’ils savaient faire. Même s’ils n’étaient pas toujours brillants en classe, ils étaient monstrueusement malins pour le convaincre.

Le débat s’était ensuite transformé en concours de « qui est le plus pénible gagne » et le Papa, le vrai Papa qui dit non, l’inflexible, avait cédé. Il avait dit oui. Et il allait les emmener faire du karting. Et ils allaient tous bien s’amuser. Il allait juste prétendre que c’était son idée pour « sortir un peu les enfants ».

Jaserie (Série lettres 2 : 10/26)

Depuis toujours, du moins depuis qu’il était entré à l’école, il avait été l’objet de moqueries. Il en avait l’habitude, malheureusement. Il ne l’avait jamais dit à ses parents pour ne pas les inquiéter. Ce n’était pas nécessaire qu’ils l’apprennent. Ils croyaient que tout se passait bien à l’école, et c’était presque vrai. Il avait aussi des amis, seulement un petit groupe se moquait de lui et c’était seulement par moments. Ce n’était rien. Il savait que les campagnes contre les moqueries des autres disaient d’en parler à un adulte, mais il ne se sentait pas concerné par ces campagnes. Il y avait des enfants qui se faisaient vraiment harceler, il n’allait pas aller parler de son petit problème à un adulte et ainsi monopoliser son temps alors qu’un autre enfant avait peut-être besoin de ce temps pour parler de son harcèlement.

Et puis chaque fois qu’il se demandait si en parler serait une bonne idée, il se persuadait du contraire car tout compte fait, cela paraissait stupide, ce n’étaient que des moqueries d’enfants, cela ne comptait pas comme étant du harcèlement. Cela ne l’atteignait pas, de toute manière. Et puis, s’il en parlait à quelqu’un, le groupe qui l’embêtait serait au courant, et ils feraient alors pire que se moquer de lui pour se venger. Il avait peur de leur réaction. Même si les campagnes anti harcèlement assuraient qu’en parler c’était s’en débarrasser, il n’était pas si sûr. Après tout, ils n’auraient pas disparu de la surface de la terre. Ils n’auraient pas été renvoyés de l’école. Ils seraient toujours là et après avoir eu une punition, ils recommenceraient. Non, en parler était décidément une très mauvaise idée.

Une fois, il était venu à l’école avec son t-shirt à l’envers. Et tout était parti de là. Une fois avait suffi pour lancer les hyènes sur lui. Une seule fois. Il avait retenu la leçon. A partir de là, tout avait été prétexte à moqueries.

Ibuprofène (Série lettres 2 : 9/26)

Ce matin-là, il s’était réveillé en ayant mal à la tête. Les tempes douloureuses, il avait réfléchi à ce que sa mère lui aurait dit si elle avait été là. Que lui aurait-elle conseillé de prendre comme médicament ? Il alla voir dans son armoire à médicaments. Il n’en avait pas beaucoup, contrairement à sa mère. Il avait quelque chose pour le rhume, des pansements, du désinfectant, du sirop pour la toux, des compresses…

Il vit aussi une petite boîte de comprimés à moitié cachée par le reste. Il vérifia toutes les dates. Elles étaient encore bonnes, heureusement. A présent, il devait réfléchir, ce qui n’était pas facile avec un mal de tête aussi tenace. Il devait choisir un médicament, mais il n’était pas sûr d’avoir ce qu’il fallait dans son armoire à pharmacie. Les gouttes pour le rhume n’étaient visiblement pas celui qui lui fallait, mais c’était proche. Tout le reste n’avait visiblement rien à voir.

Il ne restait que la petite boîte qu’il avait entrevue derrière les autres médicaments. « Ibuprofène », tel était le nom de ce médicament. Il tenta de se rappeler du nom de ce qu’il prenait comme médicament dans un cas comme ça, étant petit. Pas moyen de se rappeler ! Les battements douloureux s’intensifièrent dans sa tête. Il ouvrit la petite boîte, en sortant la notice. Il fut rassuré en voyant que ce médicament traitait sans problème les maux de tête. Ouf !

Il prit un des comprimés, et la douleur lancinante disparut peu à peu.

Hanche (Série lettres 2 : 8/26)

Pourquoi, pourquoi avait-il voulu faire ça ? Pour impressionner son ami ? Oui, d’accord, c’était totalement pour ça. Mais avait-il été obligé d’aller aussi loin ? D’aller jusqu’à se faire mal ? Jusqu’à devoir aller à l’hôpital ? Non. Il n’avait pas été obligé. Mais bon. L’idiotie avait tendance à provoquer des catastrophes. Eh oui, cela avait été idiot de finir à l’hôpital parce qu’il avait voulu soulever un meuble bien trop lourd pour lui. Il s’était fait très mal la hanche et il avait aussitôt lâché le meuble, mais le mal avait déjà été fait. C’était beaucoup trop tard. Il n’aurait pas dû soulever ce meuble, voilà tout.

À présent qu’il était allongé sur son lit d’hôpital, il aurait tellement aimé revenir en arrière et ne pas faire cette idiotie ! Mais il ne pouvait rien faire d’autre que d’attendre sa guérison et aller s’excuser auprès de son ami pour lui avoir lâché le meuble sur le pied. Car il n’était pas le seul à avoir fini la journée à l’hôpital. Son ami l’y avait accompagné. Mais il était lui aussi dans une des chambres car il s’était cassé des orteils à cause du meuble. Donc cette idée idiote avait eu beaucoup de répercussions. Beaucoup trop. Il s’en voulait beaucoup. Plus jamais il ne jouerait les déménageurs pour frimer. C’était trop dangereux.

Et puis devenir une des histoires qui circulaient d’un bureau d’infirmière à l’autre avait quelque chose de particulièrement embarassant, surtout quand d’autred infirmières venaient lui demander comment il s’était fait mal sous prétexte de mettre à jour le dossier mais qu’il les entendait rire ensuite dans le couloir. Non, décidément, plus jamais il ne ferait ça.

Galérer (Série lettres 2 : 7/26)

Il y avait deux petits bonshommes pour représenter la main d’oeuvre souhaitée lors du montage du meuble. Et la durée estimée était d’une heure. Elle était toute seule, allait-elle mettre deux heures entières à monter ce stupide meuble ? Oh comme elle regrettait déjà d’avoir commandé ce truc ! Pourquoi l’avait-elle fait ? Pourquoi ? A présent, elle allait devoir commencer un montage abominable qui n’allait jamais avoir de fin car elle sentait qu’elle allait se tromper quelque part. C’était obligé. N’ayant jamais monté un meuble de sa vie avant, elle n’allait pas savoir comment faire comme par magie. C’était plutôt évident. Mais comment allait-elle faire ? Elle avait pris soin d’écarter le chat du « chantier » car elle savait qu’il n’allait pas être d’une grande aide. Elle n’avait pas besoin de distraction. Le chat ne pourrait l’aider qu’à se tromper. Et ce n’était pas ce qu’elle voulait.

Lorsqu’elle avait reçu le carton, elle avait pris peur. En effet, en ouvrant la chose, elle avait vu une multitude de pièces éparpillées dans le colis. Elle l’avait vite refermé, remettant la corvée à un autre jour. Mais aujourd’hui, elle n’avait plus le choix. Elle ne pouvait plus reculer. Elle avait sorti toutes les pièces, les alignant sur le sol avec soin et les comptant minutieusement pour voir s’il en manquait. Pour le moment, tout était bon. La base était là. Alors à moins qu’une des petites pièces ne disparaisse mystérieusement pendant le montage ( bizarrement la pièce la plus petite mais aussi celle qui jouait le plus grand rôle), tout allait bien se passer. Enfin, dans la théorie. Car si on prenait en compte sa malchance ET le fait que ce soit le premier meuble qu’elle essaye de monter, cela semblait assez mal parti.

Et en effet, cela partit assez mal. Elle dut intervertir certaines pièces, car son meuble, une fois construit, devint étrangement bancal. Ce n’était pas prévu sur l’étiquette où figurait le meuble monté à la perfection avec à côté les monteurs réjouis ( peut-être avaient-ils passé eux aussi des heures dessus, mais au moins ils avaient réussi.) Bon, en réalité, elle avait essayé de faire ce que la notice prévoyait pour deux personne en une heure. Voilà quatre heures qu’elle y était et elle avait obtenu un meuble bancal. Et pas qu’un peu. Très bancal. On ne pouvait rien poser dessus. Rien du tout. Pas même une plume. Cela allait le faire pencher.

Elle finit par téléphoner à sa meilleure amie qui s’y connaissait en meubles, elle travaillait dans un magasin de bricolage. Alors si elle n’arrivait pas à le monter, qui saurait…? Son amie lui remonta le meuble comme sur la photo en cinq minutes, riant de son air ébahi. Vive les meilleures amies…