Palais (Série lettres 3 : 16/26)

Il était dans la salle d’attente des urgences, à l’hôpital. Il avait mal, il avait chaud, il avait faim, il en avait assez d’attendre, et toutes ses pensées tournoyaient dans sa tête comme si un manège avait remplacé son cerveau. Il n’en pouvait plus. Il aurait préféré être ailleurs qu’ici, c’était clair. La chaise sur laquelle il était assis grinçait de temps à autre, c’est à dire à chaque fois qu’il remuait un peu. Et il remuait beaucoup. Il avait envie de partir d’ici, et depuis que cette pensée était arrivée dans sa tête, il se sentait comme un gamin de six ans qui n’en peut plus d’être assis en classe.

Les autres patients n’étaient pas dans le même état de nervosité que lui. Certains dormaient, d’autres lisaient un journal, et un petit groupe avait commencé à le fixer du regard, se demandant sûrement ce qui le faisait s’agiter de la sorte. Il sentait les questions venir. Comment s’était-il fait ça ? Comment avait-il fait pour se blesser au palais ? Palais qui était quand même à l’intérieur de la bouche, donc quand même un peu plus difficile à atteindre, en tout cas plus qu’un genou.

L’infirmière finit par venir le chercher. Elle ne posa pas de question. On voyait bien qu’elle avait l’habitude des blessures à des endroits étranges. Elle savait qu’il avait fait l’idiot, et ce regard sévère était presque pire que si elle lui avait posé des questions sur les circonstances qui avaient mené à cette blessure. Il aurait voulu disparaître, être avalé par le sol.

Et vous, avez-vous déjà eu une blessure à un endroit peu commun ?

Série lettres 2

Obsédant (Série lettres 3 : 15/26)

Tout avait commencé avec ce journal. Elle le lisait chaque semaine, rien d’extraordinaire jusque là. Elle l’avait ouvert à la page des conseils beauté, comme à son habitude. Puis elle l’avait feuilleté jusqu’à tomber sur sa page préférée, celle des films. Elle ne la regardait en général que le weekend, plus précisément le samedi, avant d’aller au cinéma. C’était une grande « fan » de cinéma. Elle y allait toutes les semaines, donc quatre fois par mois si elle n’avait pas autre chose à faire.

Ce jour-là, elle avait décidé de regarder sa page préférée, celle des films, en début de semaine. Ce qui était une grosse erreur, car elle savait que lorsqu’elle voyait un film qui lui plaisait, elle ne pouvait plus arrêter d’y penser, pas même une seconde. Elle avait déjà tenté l’expérience quelques années auparavant, et cette dernière n’avait pas été des plus agréable. Elle s’était juré de ne plus jamais recommencer. Mais il arrivait qu’elle oublie ce problème.

Et elle s’en rendait compte chaque fois trop tard, une fois qu’elle avait lu la page et vu un film intéressant. Cette fois-ci, il l’intéressait tout particulièrement, et elle passa une semaine épouvantable, juste parce qu’elle avait lu une page de journal un lundi au lieu d’un samedi. Il fallait vraiment qu’elle arrête d’oublier ça !

Et vous, aimez-vous regarder des films ?

Naval (Série lettres 3 : 14/26)

Il n’aurait pas pu le prévoir, pensa-t-il entre deux hauts-le-coeur. Il n’aurait vraiment pas pu le savoir à l’avance. Cela ne lui avait jamais fait ça, quand il était monté dans des bateaux, étant petit. Le mal de mer ne s’était jamais fait sentir. Eh bien apparemment, il avait changé. Ou alors les bateaux de son enfance avaient moins tangué, et il ne s’était jamais rendu compte qu’il avait le mal de mer.

En tout cas, son premier jour de travail commençait mal. Lui qui avait cru très bien s’en sortir justement parce qu’il avait eu une expérience avec les bateaux auparavant…C’était assez embêtant, d’avoir le mal de mer, pour un employé fraîchement embauché pour un poste de serveur sur un bateau de croisière. Une croisière qui devait durer plusieurs semaines. Il ne pouvait pas exactement descendre du bateau, à présent qu’on était loin de la terre.

Non, vraiment, ce devait être sa malchance qui avait provoqué ça. Être bloqué sur un bateau pendant des semaines alors qu’on avait le mal de mer, c’était vraiment pas de chance. Surtout qu’il était là pour travailler.

Et vous, avez-vous le mal de mer ? Ou avez-vous déjà travaillé sur un bateau ?

Maïdan (Série lettres 3 : 13/26)

Dans la maison de ses parents, il y avait beaucoup de choses. Des choses empilées, des choses oubliées, des choses pleines de souvenirs. Il se rappelait avoir souvent joué dans la cuisine à côté de la table, tandis que sa mère lui disait et lui répétait qu’il devait faire attention aux coins de la table, qu’il allait se cogner. A cette époque-là, les protections destinées à éviter que les enfants se cognent dans les coins n’existaient pas ou peu. Il avait donc eu de nombreux bleus causés par sa maladresse, ou son incapacité à écouter sa mère.

Dans le séjour, il se souvenait des parties de dames avec son oncle, quand il venait. Ce dernier le laissait parfois gagner pour lui faire plaisir, chose qu’il n’avait appris que récemment. Il s’était cru doué, il ne l’était pas. Les rares fois où il avait gagné n’étaient pas de la chance ou du talent. Cela l’attristait un peu, mais cela n’avait jamais pu ternir les souvenirs liés à ce jeu. Il n’y avait jamais rejoué, mais il se remémorait régulièrement ces parties jouées avec son oncle.

Le jardin, aujourd’hui plein de ronces et d’arbres les uns sur les autres faute de jardinier pour s’en occuper, avait été jadis un endroit cher à son coeur. Il y avait passé beaucoup de temps, jouant dans les herbes, courant jusqu’à s’en épuiser, contemplant le ciel allongé sur la pelouse.

Mais son endroit préféré restait toujours et encore ce que son père appelait le Maïdan, une sorte de place près de la maison où ses parents recevaient des invités. Ils avaient beaucoup d’amis, tous très différents les uns des autres, mais qui parvenaient quand même à s’entendre. Cela le fascinait.

Aujourd’hui, il devait vendre la maison. Devait-il laisser derrière tous ces souvenirs qui valaient plus, beaucoup plus que la somme d’argent qu’allait lui donner le nouveau propriétaire ? Il ne pouvait malheureusement pas la garder. Il n’en avait pas les moyens. Il fallait qu’il emporte ses souvenirs avec lui, et qu’il vende la maison, pour lui permettre d’héberger de nouveaux souvenirs.

Et vous, avez-vous déjà eu à vendre une maison pleine de souvenirs ?