By night

Pas un son. Personne à l’horizon. Une heure parfaite pour une petite promenade nocturne dans la ville. Ce sentiment de liberté en étant dehors à une heure où personne ne sort. À une heure où tout le monde dort. Tout le monde ? Peut-être pas. Seuls quelques privilégiés ont l’honneur de contempler ce royaume sans limites qu’est la nuit. Une ville la nuit ne ressemble en rien à ce qu’elle est de jour. Cette différence varie selon les villes, mais en général, l’impression d’être au centre du monde, de pouvoir vivre sa vie pleinement, cette joie coupable d’être dehors alors que les autres dorment est commune.

Ces escaliers dans lesquels les enfants ont tant joué. Ces vieux escaliers qui ont été abîmés par le temps. Ils ont une toute autre allure de nuit. Ils retrouvent leur jeunesse, leur beauté d’antan. Car la nuit, tous les chats sont gris. Cela vaut aussi pour beaucoup d’autres choses.

Les lampadaires sont allumés, la nuit. Il s’agit de la seule source de lumière apparente. Si on ne compte pas les éventuelles petites lumières venant d’appartements ou de maisons pas encore endormis à cette heure-ci. Les maisons sont à présent d’informes masses peu esthétiques et presque effrayantes. De jour, elles sont à la pointe de la mode. La nuit les rend lugubres. La nuit les rend sombres et silencieuses, comme si elles étaient abandonnées. Mais ce n’est pas le cas, car elles sont pleines de vie la journée. Les rares passants se hâtent de rentrer chez eux, car même si la balade est agréable, mieux vaut ne pas s’éterniser trop. On ne sait jamais. Bien que la nuit n’ait encore jamais ( a priori) mangé personne, mieux vaut éviter de rester trop dehors après le coucher du soleil.

Mais ceux qui rentrent chez eux ne peuvent pas profiter du calme et de la paix des lieux désertés par les humains. Dans les maisons, les yeux sont fermés et ne se rouvriront que le lendemain matin. Quel dommage d’avoir raté le monde de la nuit !

Les bruits de pas sur les pavés ont cessé, les courses dans l’escaliers et les rires des enfants aussi. Tout est silencieux, à présent. Les voitures se font plus rares. Les gravillons se reposent après avoir crissé sous les pieds des passants toute la journée. Les lampadaires reprennent du service, eux qui de jour dormaient à poings fermés. Une goutte tombe du ciel, puis deux, puis trois. Le sol se mouille peu à peu. La pluie finit par s’imposer et mille gouttes éclaboussent le monde endormi. Leur chute s’entend et résonne dans le confortable silence crée par l’obscurité. Tous les petits bruits ressortent encore plus, dans le noir.

La pluie redouble, laissant rapidement place à l’orage. Dans les maisons, chacun se pelotonne sous sa couette, bien content de ne pas être là bas, dehors, sous cette pluie battante.