En ligne, on perd le fil ch16

La réunion de la fois dernière s’était bien déroulée. Il espérait que celle-ci allait bien se passer aussi. Mais il ne pouvait jamais vraiment savoir ce qu’il allait se passer, car les problèmes techniques pleuvaient en général sur les réunions à distance. C’était une véritable catastrophe. Il ne savait pas vraiment comment ils faisaient pour travailler dans ces conditions. Ils travaillaient, c’était tout. Ils ne se plaignaient jamais, ils riaient des problèmes. C’était peut-être mieux ainsi, étant donné qu’il ne se passait jamais une réunion virtuelle qui n’ait aucun problème.

Les participants utilisaient des filtres pour figurer un bureau afin d’avoir l’air plus professionnels s’ils se trouvaient chez eux. Mais les filtres n’étaient pas toujours les meilleurs amis de l’homme, malheureusement. L’un des participants eut les épaules gommées par le filtre. Mais ce n’était pas tout le temps, c’était de temps à autres. Les autres membres du groupe se retenaient pour ne pas rire. C’était beaucoup trop comique.

L’image se figea ensuite, semblant figurer du stop motion. La voix de la personne se faisait toujours entendre, mais l’image ne suivait pas du tout. L’image se figea pour de bon, et la personne parut rester immobile avec un bras en l’air.

La personne se déconnecta alors pour revenir, mais cette fois-ci, on ne voyait plus que le filtre, la personne était apparemment derrière le filtre….Le filtre avait pris sa place…

En ligne, on perd le fil ch15

Le cours avait été plutôt tranquille, cette fois-ci. Pas (trop) de coupures, pas d’écran figé ou impossible à partager. Cela s’était donc bien déroulé (pour un cours en ligne). Mais le chat du prof n’avait pas décidé que le cours devait se terminer sur une note positive. Il se mit donc à miauler de toutes ses forces.

Les élèves, qui savaient que le prof était le seul à avoir son micro allumé, se demandèrent si le chat voulait manger. L’un d’entre eux écrivit même dans la messagerie :

  • Un chat délaissé ?

Le prof expliqua ensuite que non, son chat n’était pas « délaissé », mais qu’il voulait juste sortir, et qu’à cette heure-ci, il ne le laisserait pas sortir. Il dût le faire sortir de la pièce où il se trouvait, car les élèves n’entendirent plus ses miaulements.

Le cours reprit, mais un nouveau problème survint : le son. Encore et toujours le son. Le prof parlait, et les élèves commencèrent par l’entendre de plus en plus loin, comme s’il s’éloignait vraiment d’eux. Puis le son se coupa complètement. Le prof eut beaucoup de mal à remettre le son. Il avait mis dix minutes à s’en rendre compte.

En ligne, on perd le fil ch14

Le premier cours avait été assez difficile à entendre. Il avait dû monter le son au maximum pour parvenir à entendre un peu de ce que disait la prof. Elle avait dû régler son micro de manière incorrecte, ou bien l’application avait des problèmes de son. Il avait donc dû tendre continuellement l’oreille pour n’entendre qu’assez peu de phrases au bout du compte. Il avait donc retenu la leçon.

En prévision du deuxième cours, il monta donc le son au maximum pour ne pas avoir à le faire plus tard et pour entendre toutes les explications. Mais il eut droit à une surprise : le nouveau prof avait son micro parfaitement réglé, lui. Et donc son premier contact avec ce prof faillit lui faire perdre l’ouïe. Complètement. Il sursauta tellement fort qu’il faillit tomber de sa chaise. Il apprit une deuxième leçon. Il n’y avait jamais deux fois le même problème en ligne. Et chercher à le résoudre à l’avance ne faisait que créer plus de problèmes.

Lorsqu’il se fut remis du son très fort du début (il avait remis le son à un niveau normal pour ne pas perdre définitivement l’ouïe), il eut les problèmes de son habituels, à savoir des coupures. Sauf que ces coupures-là étaient constantes. Il était impossible d’entendre une phrase en entier. Vive les cours en ligne…

En ligne, on perd le fil ch13

C’était bizarre, le prof était absent pour le moment. Au début, personne ne s’en inquiéta, il arrivait toujours quelques minutes après l’heure dite, ayant un cours avant. Mais au bout d’un moment, les élèves, qui étaient déjà dans la salle en ligne commencèrent à se poser des questions. Ils demandèrent à leur responsable de cours si elle savait où se trouvait le prof. Elle le chercha, et il s’avéra que le prof s’était trompé de lien, allant dans la mauvaise salle, c’est à dire celle du cours précédent. Comme les élèves n’avaient pas accès au son, il n’avait pas vu qu’il n’y avait personne avec lui dans la salle, et qu’il parlait vraiment tout seul. Il s’était sans doute habitué à ne pas entendre les élèves, et il n’avait pas vu que le cours se déroulait sur un autre lien. il avait donc parlé pendant une demi-heure tout seul, sans se douter qu’il n’y avait personne avec lui dans la salle.

Cela fit beaucoup rire les élèves. Heureusement, le prof ne pouvait pas les entendre. Cette mésaventure dût perturber le prof, car il parla ensuite de « parenthèse carrée », qui était en fait une accolade…

Un élève qui était dans ce cours entendit soudain son chat miauler pour demander à manger. Il se figea sur sa chaise avant de se rappeler qu’il n’avait pas le son, et donc qu’il était le seul à avoir entendu le chat miauler. Il alla lui donner à manger, manquant au passage quelques phrases du cours.

En ligne, on perd le fil ch11

Il n’avait jamais autant ri. Depuis que tous ses cours étaient passés en distanciel, il se passait toujours des choses étranges. La classe n’avait pas la possibilité de parler pendant le cours, seul le prof pouvait parler, mais il se passait quand même des choses extraordinaires à chaque fois. C’était hilarant. Il avait un peu râlé au début en voyant que les cours étaient en ligne, mais maintenant, il adorait ces cours. C’était chaque jour une expérience de ratés perpétuels qui l’attendait. Depuis le début, il n’avait pas eu un seul cours sans anicroche.

Ce jour-là, tout avait bien commencé (comme toujours quand il allait se passer quelque chose d’amusant). Le prof n’avait pas eu de coupure de son, l’écran ne s’était pas figé, bref, tout allait bien. Mais cela n’allait pas durer longtemps. Cela ne durait jamais longtemps. Le prof parlait, quand tout à coup, ce fut le silence. Dans une salle de classe en présentiel, cela aurait été bizarre. Mais dans la salle en ligne, personne ne réagit. C’était normal, cela arrivait fréquemment. Donc personne ne dit rien dans la messagerie instantanée. Ce n’était pas remarquable. C’était habituel. L’inhabituel survint quand le prof revint dans la salle virtuelle quelques minutes plus tard. Il était là…Mais il n’avait plus le son. Il était passé dans le mode « écouteurs », celui que les élèves devaient sélectionner en entrant dans la salle. Et donc personne ne l’entendait, car son micro ne pouvait pas être activé avec ce mode. Il dut ressortir de la salle et choisir le mode qui convenait.

Un autre incident survint un peu plus tard. Les élèves entendaient un drôle de bruit. L’un d’entre eux demanda par la messagerie :

  • Est ce que vous passez un objet ou votre manche sur le micro ?

Ils ne surent jamais vraiment d’où venait le bruit. Quel cours passionnant !

En ligne, on perd le fil ch10

Ces cours en audio étaient sûrement les cours les plus difficiles qu’il ait eu à faire au cours de sa carrière de professeur. Si on lui avait dit qu’il allait devoir faire ce genre de cours avant que cela arrive, il aurait très certainement ri. Beaucoup ri. Mais maintenant qu’il avait à faire des cours sans voir ni entendre ses élèves car l’application qu’ils utilisaient était comme ça, il riait jaune. Il aurait préféré retourner aux cours en présentiel, ceux avec les bavardages et les boulettes de papier. Tout sauf ça ! C’était dénaturer ce qu’était vraiment un cours. Cela devenait ridicule.

Il était fait pour être prof en présentiel. Pas en distanciel. Il avait déjà eu beaucoup trop de problèmes avec la technologie. Et il n’avait fait que trois cours en distanciel jusqu’ici. Chaque problème était différent, et cela le fatiguait chaque fois un peu plus. Ce n’était pas pour faire ça qu’il était devenu prof….Certainement pas. Peut-être d’ailleurs que maintenant, pour être prof, il fallait savoir enseigner en ligne ? Ce n’était vraiment pas évident. Même si les élèves n’avaient pas le son pour faire les zouaves. Même sans le son, tout pouvait arriver. il fallait partir de ce principe. Il essayait de ne pas être surpris par les nouveaux problèmes, mais il ne réussissait jamais. C’était impossible, qui aurait pu prévoir ces problèmes aberrants ?

Un jour, il voulut pointer du doigt le tableau avant de se rappeler qu’aucun de ses élèves ne le voyait, se sentant parfaitement idiot car en plus il venait de le dire à voix haute, ce qui voulait dire que ses élèves étaient maintenant au courant de son mouvement stupide.

Il avait aussi oublié d’enregistrer le cours une autre fois, ne s’en rendant compte que tout à la fin. Mais ces cours vidéos pouvaient aussi être extrêmement drôles, car il avait une fois eu un élève qui, à la fin du cours, avait écrit dans la messagerie instantanée qu’il avait entendu le son en double pendant tout le cours. Il avait apparemment ouvert deux sessions différentes côte à côte, ce qui expliquait que le son soit en double. Le prof avait bien ri, ce jour-là.

En ligne, on perd le fil ch9

Elle entra dans la salle en ligne. Aujourd’hui, c’était encore un cours en distanciel. Comme d’habitude. Elle ne savait pas depuis combien de temps elle n’avait pas vu d’êtres humains. L’année passée, elle en avait eu assez d’aller en cours, mais là, les autres commençaient peut-être à lui manquer un peu. Un tout petit peu. Mais elle aimait aussi bien rester chez elle. Au moins, elle pouvait manger des chips pendant les cours sans que le prof ne puisse rien lui dire, ou même sans qu’il l’entende puisqu’il lui arrivait de ne pas mettre le son. Elle adorait les cours en ligne, bien qu’elle se sente parfois seule.

Elle entra donc, entendant le prof leur dire qu’ils allaient débuter le cours. Si elle avait été en présentiel, elle aurait été en retard. Mais comme elle était en distanciel, elle n’avait qu’une seconde de retard (elle avait joué avec son chien et n’avait pas vu le temps passer, ce n’était pas de sa faute). Vraiment, les cours en ligne étaient une très bonne chose de ce point de vue là. Elle venait à peine d’entrer dans la salle qu’elle se fit « éjecter » de la salle, la fenêtre du cours se referma sans prévenir et elle tenta de la rouvrir en râlant. Ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait, mais d’ordinaire, cela lui arrivait au milieu du cours, pas au tout début.

Lorsqu’elle réussit enfin à revenir sur le cours, (cela lui prit au moins dix minutes, et elle revint au milieu d’une phrase du prof) elle eut des problèmes de son. Tous les élèves étaient en train d’écouter le prof, quand soudain, le son se coupa. Ils n’entendirent donc jamais la suite de la phrase, et ils n’entendirent pas davantage les explications suivantes. Le prof ne s’en rendit compte qu’au bout de dix minutes, et entre temps, il était passé à une autre partie du cours, croyant que tout le monde l’entendait. Mais sur l’application qu’ils utilisaient ce jour-là, les élèves n’avaient pas de possibilité de parler, seul le prof pouvait parler. Les élèves essayèrent donc d’expliquer le problème au prof par le seul moyen qu’ils avaient : la messagerie. Mais le prof n’avait pas regardé la messagerie, et il avait donc mis du temps à se rendre compte qu’il parlait tout seul. Vraiment tout seul, puisque les élèves ne l’entendaient plus.

Les problèmes de son ne s’arrêtèrent pas là, car cette fois ci, ce dernier ne se coupa pas, mais les élèves n’entendaient que par intermittence. Il s’avéra au bout d’un moment que le prof s’éloignait du micro car il faisait des gestes en parlant, comme il l’aurait fait dans une salle de cours en présentiel. Un des élèves lui dit même :

  • C’est quand vous bougez qu’on ne vous entend plus !

Le cours fut donc une nouvelle fois beaucoup dérangé par tous les problèmes techniques. Elle adorait ces cours car il y avait sans cesse de nouveaux problèmes. Jusqu’ici, elle n’avait pas rencontré le même problème deux fois.

Suite de la fiction à chapitres En ligne, on perd le fil !

Photo de Andrea Piacquadio sur Pexels.com

« En ligne, on perd le fil » est une fiction comptant plusieurs chapitres ne se suivant pas sur le thème des appels vidéos. 8 autres chapitres décrivant les joies des cours en lignes et autres réunions !

Photo de Anastasia Shuraeva sur Pexels.com

Extrait :

« Ces cours en audio étaient sûrement les cours les plus difficiles qu’il ait eu à faire au cours de sa carrière de professeur. Si on lui avait dit qu’il allait devoir faire ce genre de cours avant que cela arrive, il aurait très certainement ri. Beaucoup ri. Mais maintenant qu’il avait à faire des cours sans voir ni entendre ses élèves car l’application qu’ils utilisaient était comme ça, il riait jaune. […] »

 » Il était impossible d’entendre une phrase en entier. Vive les cours en ligne… […] »

« Ils devaient communiquer avec la messagerie. Mais si le prof ne la regardait pas, comment était-il censé voir les questions ? »

(Une seconde pour tout changer) chapitre 6

Lorsque le papier tomba des mains de Céleste, Dany se pencha pour le ramasser. C’était le rapport du détective. Et il était écrit très clairement qu’Eliot était mort durant un combat. Apparemment, il s’était engagé dans l’armée et il s’était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Tony pleurait. Céleste avait un visage de marbre, visiblement sous le choc de ce qu’elle venait de lire. Leur frère, leur grand frère, leur protecteur, celui qui les avait toujours soignés et nourris, celui qu’ils avaient laissé là bas car personne n’avait pu l’adopter, celui qui leur manquait énormément, était mort. Mort. Cela paraissait totalement irréel. Elle ne voulait pas y croire. Dany les prit dans ses bras, ne sachant pas quoi faire d’autre.

Céleste voulut se rendre sur place pour voir son frère une dernière fois. Tony la suivit dans son idée. Ils voulaient lui dire au revoir. Dany, compréhensif, réserva des billets d’avion et ils partirent. Le vol fut triste et silencieux. Très différent de ce qu’avait été leur vol pour aller chez Dany. Certes, ils avaient été tristes de quitter leur frère à ce moment-là, mais ils avaient aussi été contents à l’idée de se faire adopter. Là, ils étaient tristes, et ils avaient l’impression que rien ne pourrait les faire sourire à nouveau. Lorsque l’avoir atterrit, ils descendirent, le coeur lourd. Cela faisait longtemps qu’ils n’étaient pas revenus ici. Et la dernière fois, ils avaient vu leur frère devenir tout petit et disparaître. Mais il n’allait pas réapparaître parce qu’ils étaient revenus.

Dany se renseigna, et on les mena à un bâtiment ancien. Les enfants n’étaient pas très sûrs de sa fonction. Il n’y avait pas de plaque. L’endroit avait l’air assez miteux, presque abandonné. Pourtant, quand ils en poussèrent les portes, ils eurent la surprise de voir que beaucoup de personnes y allaient et venaient. Dany demanda son chemin, et on les mena à une chambre. Une chambre ? Mais pourquoi…? N’était-il pas…mort ? Le sourire de leur frère les accueillit, leur prouvant que non, il n’était pas mort. Ce détective avait dû se tromper. Heureusement ! Il les serra contre lui du mieux qu’il put car il devait rester allongé pour ne pas aggraver ses blessures. Il était blessé, mais bien vivant. Les docteurs assurèrent à Dany que les blessures allaient guérir. Eliot raconta à Céleste et Tony que son ami l’avait sauvé au dernier moment en le poussant hors de la trajectoire de l’arme. D’ailleurs, l’ami en question entra dans la chambre à ce moment-là. Les frères et soeurs d’Eliot le remercièrent chaleureusement pour ce qu’il avait fait. Dany s’excusa auprès de Eliot car il était bien revenu le chercher, mais trop tard. Eliot lui expliqua qu’il était parti en prison juste après que leur avion ait disparu dans le ciel, et donc qu’il n’aurait rien pu faire.

Dany, qui voulait tenir sa promesse, obtint qu’Eliot revienne avec eux, et son ami aussi. Eliot ne sut jamais comment il avait fait. Il soupçonnait que Dany avait des amis dans l’armée, des amis haut-placés. Il ne chercha pas à en savoir plus. Tout ce qui lui importait, c’était qu’il avait revu ses frères et soeurs et qu’il allait revenir avec eux. Ce soit-là, il s’endormit heureux, pour la première fois depuis longtemps.

Chapitre premier

(Une seconde pour tout changer) chapitre 5

Eliot était désespéré. Il était seul. Il était effrayé. Alors dès qu’il eut vit l’avion disparaître dans le ciel, il fit ce qu’il avait toujours fait. Il vola. Il vola, et comme il n’était pas particulièrement concentré ce jour-là, la situation se retourna contre lui. Il n’aurait jamais dû aller voler sur l’étalage du marchand de la dernière fois, il le savait. Encore moins quand son état émotionel était aussi instable. Les émotions faisaient commettre des erreurs. Le marchand avait dû voir son visage, la première fois. Ou du moins, il devait se rappeler vaguement de son apparence, car Il le surprit en train de voler des pommes de terres. Sauf que cette fois-ci, le riche inconnu n’était pas là pour venir lui inventer des excuses. Il était dans un avion, très loin d’ici, et il avait avec lui les frères et soeurs d’Eliot, sa seule famille. Il ne put pas s’enfuir car le marchand l’attrapa par le bras, appelant aussitôt la police. Il aurait peut-être pu essayer de s’éclipser, mais il n’en avait pas la force. Il se laissa emmener.

La prison. Il n’aurait jamais cru avoir à y mettre les pieds. Lui qui était si rapide, si agile, si prompt ! Mais pas cette fois-ci. Il avait baissé sa garde car ses pensées étaient ailleurs. Il le regrettait bien, à présent. Cette minuscule cellule fut la seule chose qu’il vit pendant des jours. Allait-il passer le restant de ses jours ici ? Les jours passaient les uns après les autres, il perdit vite la notion du temps. Une semaine aurait pu passer, un mois aussi. Chaque jour, il pensa à la nouvelle vie de Céleste et Tony. Il en inventa une nouvelle à chaque fois qu’il se réveillait. Quand quelqu’un vint frapper à la porte de sa cellule pour lui dire qu’il devait aller voir le dirigeant de la prison, il en avait créé des centaines de versions différentes. Il fut emmené au bureau du directeur. Ce dernier lui annonça que puisqu’il avait été un prisonnier exemplaire, il allait être transféré dans l’armée. Il allait pouvoir transformer sa vie en quelque chose d’autre. Quelque chose de mieux, selon le directeur. Ce n’était pas une proposition, il n’avait pas le choix.

Il fut transféré la semaine suivante. C’était mieux que la prison, mais il désespérait toujours de ne pas pouvoir revoir ses frères et soeurs. Imaginant toujours ce qu’ils étaient devenus, il fit s’écouler les jours, puis les semaines de cette façon. Il attendait une opportunité pour essayer de les contacter. Mais il était étroitement surveillé, et il ne pouvait pas faire ce qu’il voulait. Lorsqu’il fut envoyé au combat, il put encore moins essayer. Il devint ami avec un des autres soldats. Les chefs leur avaient dit qu’il était mauvais de se faire des amis dans un contexte de guerre. Mais son ami l’aidait à tenir. La pensée que ses frères et soeurs avaient une belle vie l’aidait aussi.

Un jour, il fut envoyé sur une bataille qui s’éternisait. Il fallait plus de soldats. Son ami et lui furent appelés à y aller. Il ne vit rien venir. Comme lorsqu’il s’était fait prendre à voler des pommes de terre, plus d’un an auparavant. Il n’entendit pas, il ne vit pas le danger. Ce fut très soudain. Une douleur intense le parcourut soudain, puis sa vision se brouilla. Il entendit des cris autour de lui, puis plus rien.

Chapitre 6

Chapitre premier