En ligne, on perd le fil ch1

Il n’avait encore jamais fait ça. D’habitude, les réunions, il les faisait dans une salle, avec des gens en face de lui, et un café à la main. Là, il allait le faire sur son canapé, avec des gens en face certes, mais des gens qu’il verrait sur son écran, et sans café car il venait de remplacer son canapé, et il ne voulait pas risquer de renverser son café dessus. Alors le café, ce serait pour plus tard.

Il partit se préparer. Oui, car même pour une réunion en ligne, il se préparait pendant de longues minutes. Il valait mieux être présentable, même de dernière son écran, s’était-il dit. Il avait donc mis ses vêtements de réunion habituels, à savoir un blazer chic et un pantalon bien repassé. Sa chemise blanche sans plis sous le blazer, le look « réunion » était complet.

Il partit s’assoir devant son ordinateur, s’assurant que le son était bon, que la vidéo fonctionnait, et que l’angle allait. Il ne voulait pas que ses collaborateurs voient plus que le mur de son salon. Il tira un peu le rideau, de manière à ce que la lumière soit excellente. Il n’aurait ainsi pas l’air d’un fantôme ( trop de lumière) ou d’un loup garou ( trop sombre). Il se posta devant son écran, dossiers et carnet à proximité, attendant l’heure de l’appel. Il avait cinq minutes d’avance. Il se prépara donc un café, finalement. Il voulait arriver pile à l’heure. Il s’installa donc, son café sur la table basse, l’ordinateur sur les genoux, tous ses outils de travail autour de lui. Tous ? Peut-être pas. Il avait oublié de prendre un stylo ! Il en vit un, posé sur la table de la cuisine. C’était celui qu’il avait prévu pour la réunion. Zut ! Il allait devoir enjamber toute son installation. Il posa l’ordinateur sur le côté, et il partit chercher son stylo. A mi chemin, il se rendit compte que l’heure pile était imminente ! Il attrapa vite son stylo et il courut vers le canapé, s’y effondrant.

Lorsqu’il se connecta, il avait une minute de retard, les cheveux un peu en bataille, la chemise légèrement plissée à un endroit qui se voyait sûrement, et son pantalon n’était vraiment plus repassé comme cinq minutes avant. Tout ça pour un stylo ! Il salua ses collègues, puis il s’arma de son stylo ( le fameux stylo) et de son carnet.

Mais soudain, alors que le chef arrivait dans l’appel vidéo, il y eut un bruit strident qui le fit sursauter, et son café se renversa. Au même moment, la fenêtre de l’appel se ferma. Il se figea. Sa chemise blanche était à présent couleur café. Heureusement, ses collègues n’avaient rien dû voir, puisque l’appel s’était figé à ce moment précis.

Cinq minutes plus tard, alors qu’il essayait de se reconnecter sans succès tout en essuyant vainement le café de sa chemise, il reçut un sms d’un de ses collègues, une photo suivie de plusieurs émoticônes qui riaient. Apparemment, quand il avait été « éjecté » de l’appel, l’écran s’était figé sur la dernière image qu’il y avait de lui , c’est à dire arborant un air ahuri, et la chemise dégoulinante de café…..

Nouvelle fiction à chapitres !

Photo de Negative Space sur Pexels.com

« En ligne, on perd le fil » est une fiction à chapitre comptant 8 chapitres ne se suivant pas sur le thème des appels vidéos.

Photo de Anna Shvets sur Pexels.com

Extrait :

« Il n’avait encore jamais fait ça. D’habitude, les réunions, il les faisait dans une salle, avec des gens en face de lui, et un café à la main. Là, il allait le faire sur son canapé, avec des gens en face certes, mais des gens qu’il verrait sur son écran, et sans café car il venait de remplacer son canapé, et il ne voulait pas risquer de renverser son café dessus. Alors le café, ce serait pour plus tard.

Il partit se préparer. Oui, car même pour une réunion en ligne, il se préparait pendant de longues minutes. Il valait mieux être présentable, même de dernière son écran, s’était-il dit. Il avait donc mis ses vêtements de réunion habituels, à savoir un blazer chic et un pantalon bien repassé. Sa chemise blanche sans plis sous le blazer, le look « réunion » était complet. »

Liste de 5 mots : 10

anniversaire, écrivains, meurtrier, disciple, baie

Pour son anniversaire, ses amis lui avaient offert un weekend à une convention sur les romans policiers. Il en avait toujours rêvé ! Il avait tellement hâte d’y être, il en devenait infernal pour ces mêmes amis qui regrettaient maintenant De lui avoir fait ce cadeau.

Il allait y avoir tellement de choses bien, là bas ! Il lisait et relisait ses polars et il les nettoyait chaque jour avec des lingettes. Il allait aller les faire dédicacer par ses auteurs favoris, c’était la raison pour laquelle il n’arrêtait pas de les passer en revue avec l’air fier d’un collectionneur. Les écrivains avec lesquels il avait grandi (littéralement) seraient là !

En plus, à ce genre de convention, il y avait toujours un mystère à résoudre. Cela faisait partie des activités et cela ajoutait à la magie des lieux. En tout cas, pour lui, cela faisait grandir l’attrait qu’il avait pour ces évènements. Il allait falloir retrouver le meurtrier dans le temps imparti. Bien sûr, il n’y avait jamais de vrais meurtres. Tout était faux.

Le weekend arriva enfin. Il rencontra tous ses auteurs favoris, et il fit équipe avec un vieil homme qui venait depuis des années dans des conventions du même genre. Il connaissait donc la chanson. Il devint le disciple du vieux monsieur.

Le soir, après avoir retrouvé le meurtrier, il partit se promener sur la baie. Il regarda les derniers bateaux rentrer au port.

La pièce interdite

Elle avait toujours été fermée, et ce depuis qu’elle était petite. Ce qu’il y avait dedans, elle ne le savait pas. Personne n’y entrait plus depuis des années, à en juger par la poussière qui recouvrait le tapis devant la porte et la porte elle-même. Cette pièce était un véritable mystère pour elle. Personne n’en parlait jamais, c’était comme si elle n’existait pas, comme si elle n’avait jamais existé. Pourtant, la porte était bien réelle, elle en était certaine. Elle avait essayé de la toucher un jour. Mais son père avait failli la surprendre en train de le faire, et elle n’avait plus jamais essayé. Cette pièce était un immense tabou dans la famille. Personne n’y faisait jamais référence, mais elle savait ce qu’ils en pensaient tous. Quelque chose n’allait pas avec cette pièce. Son aura était mauvaise.

Après la mort de ses parents, bien des années plus tard, elle visita à nouveau sa maison d’enfance. Elle en était partie depuis longtemps et avait à présent sa famille à côté, mais elle se rappelait de la pièce interdite et maintenant que la maison lui appartenait, elle pouvait aller voir ce qu’il y avait dedans sans risquer de se faire surprendre par son père. Elle monta à l’étage, bien décidée à percer le secret de la pièce mystère. Elle essaya toutes les clefs qu’elle avait, mais aucune n’ouvrit la porte. Elle demanda à un serrurier d’intervenir. Il dût enfoncer la porte car la serrure était rouillée.

Finalement, elle put entrer. Là, dans la pièce, elle découvrit un lit de bébé, un mobile, divers jouets…Une chambre d’enfant complète, quoi. Mais pleine de poussière. Et un article de journal racontant la mort tragique d’un garçon de trois ans. Elle avait eu un frère qui était mort trop tôt.

Cette pièce était figée dans le temps…

L’escalier

C’était un escalier. Un simple escalier. Alors pourquoi était-il si spécial? Sans doute parce que des centaines de personnes étaient passées par ici. Beaucoup de vies avaient été vécues. Beaucoup de gens étaient simplement passés, juste pour une seconde, avant d’aller au travail. Depuis le temps que cet immeuble existait, cela devait bien faire des centaines. Des milliers, peut-être. Qui sait? Des familles entières y avaient sans doute habité. Les enfants descendaient cet escalier chaque fois qu’ils allaient à l’école, ou peut-être bien quand ils allaient retrouver leurs amis, chercher du pain ou faire les courses pour leur mère. Leurs petits pieds résonnaient probablement dans la cage d’escalier, emplissant de vie cet endroit morne et triste qui en avait bien besoin. Car que devenait l’escalier quand personne ne montait à l’étage grâce à lui? Eh bien c’est simple, personne n’y passait, c’était un endroit désert et totalement abandonné, un peu comme il l’est aujourd’hui. Un escalier vide. Vide de sons, vide des rires des enfants allant retrouver leurs petits camarades dans la cours tout en bas des marches. Et ces marches, si souvent nettoyées pour être salies à nouveau aussitôt après quand les enfants remontaient chez eux, les souliers pleins de boue car ils avaient joué dans les flaques boueuses. Mais tout cela, c’était du passé.

Les enfants ne couraient plus depuis bien longtemps dans les escaliers. Les lieux étaient vides, affreusement vides. Cet escalier avait vu des enfants grandir, croître au fil du temps. Il avait d’abord entendu les pleurs d’un nouveau né. Puis le son des pas de sa mère qui tentait de le calmer avant qu’il ne commence à déranger les voisins. Le père qui partait au travail et qui à cette époque là avait encore tous ces cheveux. Après, il avait vu un bambin s’aventurer près de lui, intrigué par cette étrange construction allant vers le bas composée de différents niveaux. Mais les parents avaient empêché l’enfant de venir trop près, de peur qu’il perde l’équilibre et qu’il tombe. Car il ne savait pas marcher depuis très longtemps, et il vascillait encore un peu sur ses petites jambes. L’escalier avait été triste, il aurait voulu voir l’enfant de plus près, ce petit humain. Plus tard, il avait senti les petits pas du gamin sur lui. Il était suffisamment stable sur ses jambes pour que les parents le laissent descendre l’escalier. Mais il était toujours accompagné d’un de ses deux parents. Car ils ne voulaient pas qu’il se fasse mal en tombant. Ils venaient donc avec lui, le menaient jusqu’au bas des marches et le laissaient avec ses amis. Ils remontaient ensuite pour revenir le chercher une ou deux heures après.

Encore plus tard, l’escalier avait vu le petit garçon descendre ses marches tout seul. Il grandissait à vue d’oeil. Chaque matin, il partait. Probablement à l’école. L’escalier avait entendu sa mère parler à sa voisine de palier de ses angoisses par rapport au premier jour d’école de son fils. L’escalier ne savait pas de quoi il s’agissait, mais cela devait certainement aider à faire grandir le garçon, car il atteignait la rampe, à présent. Il descendait et montait avec bien plus de facilité. Le temps passa ensuite si vite que l’escalier ne le vit presque pas grandir. C’était à présent un beau jeune homme. Il n’était pas revenu depuis des années. L’escalier n’avait pas compris ce qu’il s’était passé. Du jour au lendemain, le petit avait cessé de monter l’escalier pour arriver jusqu’à chez lui. Et il était revenu des années après. C’était un homme, à présent. Et puis il avait emménagé chez ses parents qui entre temps étaient morts. Et des enfants avaient recommencé à courir dans l’escalier. Mais c’était bien longtemps auparavant. Maintenant l’escalier était vide et il le resterait probablement toujours: l’immeuble allait être démoli. L’escalier n’entendrait plus jamais les bruits de pas des enfants . Plus jamais. Il n’aurait plus de famille à observer. 

Plus jamais. Tout était terminé. Pour toujours. Il serait démoli. 

Entre ses mains

Ce jour-là, il se promenait dans les bois sans but aucun. C’était une de ses habitudes. Il adorait agir de la sorte. Il trouvait que la nature pouvait mieux être découverte sans avoir de plan particulier dans la tête, sans savoir où on allait. La meilleure façon de visiter un endroit, c’était de s’y perdre, comme avait dit quelqu’un dont le nom lui échappait. C’était effectivement beaucoup plus amusant de découvrir les lieux un peu au hasard, allant d’étonnement en étonnement.

Il marchait donc en pleine nature et il prenait son temps. Une telle promenade valait son pesant d’or, pour lui. Certains autres, qui ne partageaient visiblement pas son avis, lui reprochaient souvent de disparaître pendant de longues périodes de temps, parfois du lever au coucher du soleil. Le jour durant, il se baladait en pleine nature, s’émerveillant à chaque nouvelle trouvaille. Il était comme ça. Il aimait la nature et il y aurait bien vécu à plein temps s’il ne lui avait pas fallu travailler pour gagner sa vie. Car rester des journées entières à se promener ne l’aurait pas nourri. Et puis apparemment, garder un contact avec les autres humains était mieux, lui avait dit quelqu’un un jour. Il ne se souvenait encore pas de la personne en question. Pour lui, les plantes étaient plus importantes que les humains. Selon lui, elles étaient les êtres vivants les plus tenaces de la planète, puisqu’elles avaient réussi à rester sur terre plus longtemps que certaines espèces ( dixit les dinosaures).

Ce jour là, donc, il se promenait comme à son habitude, quand il la vit. Quelque chose qui ressortait bien sur le vert des feuilles et de l’herbe. Quelque chose qui ne venait peut-être pas de la nature. A vrai dire, il n’en était pas certain. Il se pencha pour examiner l’objet qui avait attiré son attention. Mais qu’était-ce donc ? Il n’avait jamais rien vu de tel. Du moins pas dans la nature. En y réfléchissant bien, nul part ailleurs qu’ici. Était-ce un objet unique au monde ? Il le prit dans sa main, un peu hésitant. Et si c’était une nouvelle forme de bombe ou de grenade ? Et si cette chose lui explosait à la figure ? En tout cas, pour le moment, rien de tout ça n’était arrivé, ce qui le rassura beaucoup. Il l’observa de plus près.

C’était une sorte de boule en verre ou peut-être en cristal. Un matériau assez fragile, semblait-il, en tout cas. Il la tourna dans sa main. Cet objet ressemblait beaucoup à quelque chose de familier pour lui, mais quoi ? Il chercha un moment, sans trouver. Comme c’était amusant ! Cetobjet lui rappelait vaguement une boule à neige. Il faillit soudain la faire tomber, et il la rattrapa in extremis. À ce moment là, la terre sous ses pieds trembla. Assez légèrement, mais suffisamment pour qu’il se demande si un tremblement de terre n’était pas en train de débuter. La boule lui glissa encore des mains et il la sauva une nouvelle fois de justesse, mais non sans secousses. La terre trembla beaucoup plus violemment, cette fois-ci. Dès que le calme revint, il se mit à courir, la boule toujours dans sa main. Il voulait rentrer chez lui pour voir s’il s’agissait d’un véritable tremblement de terre.

Arrivé chez lui, il alluma la télévision. Le journaliste annonçait que la terre tremblait partout sur Terre et que personne parmi les scientifiques éminents ne savait ce qui produisait un tel chaos. Et puis cela avait été si soudain ! Personne ne comprenait. Il regarda à nouveau la boule. Il l’agita légèrement. Une idée bizarre s’était formée sans son esprit, mais elle était si folle qu’il n’osait pas y penser. La terre trembla à nouveau au moment où il le fit, et son vaisselier tomba à terre dans un abominable fracas mêlant des bruits de vaisselle et de vitres cassées. Ébahi, il eut un vertige. Cet objet n’était pas un simple objet ! Il tenait en fait une representation vivante de la planète Terre ! Elle ne ressemblait pas à la Terre, elle ÉTAIT la Terre. Et c’était lui qui avait causé tous ces tremblements dans le monde entier.

Le tremblement en cours lui fit perdre l’équilibre, et il lâcha la boule.

Une nouvelle ère ?

Ce n’était pas une fin. C’était bel et bien le début d’une histoire. Mais quel genre d’histoire ? Serait-elle grandiose, insignifiante ? Il ne le savait pas. C’était bien trop tôt pour le dire. Il le saurait plus tard. Bien plus tard. Quand il en aurait vécu au moins un chapitre. Ou peut-être pouvait-on dire qu’il démarrait un nouveau chapitre de sa vie. Il s’était lancé dans l’aventure sans même savoir dans quoi il allait mettre les pieds. C’était courageux, bien qu’un peu stupide. Oui, un savant mélange des deux. Le danger rendait la chose hasardeuse, la possibilité d’un nouveau départ la rendait positive. Qui aurait pu croire qu’il était si facile de débuter un nouveau chapitre ? S’il l’avait su avant, il l’aurait fait bien plus tôt. Mais le problème était là. En faisant ce choix, l’avenir était incertain. Très incertain. Le mystère pouvait apporter de l’excitation, mais ce qu’il cachait pouvait aussi fortement décevoir.

Il jouait un peu sa vie aux dés, voilà ce qu’il faisait. Il se plaçait lui-même entre les mains du destin. Il voulait repartir de zéro, dans une nouvelle ville, un nouveau pays, peut-être. Cela dépendrait du hasard. Sur qui allait-il tomber ? Serait-ce quelqu’un de bien ? Il ne le saurait qu’au moment où il rencontrerait cette personne. Le hasard ferait-il bien les choses ? La chance aurait sans doute beaucoup à voir là dedans.

Il avait vraiment tout laissé derrière. Sa maison, son travail, sa routine. Sa famille ? Il n’en était pas particulièrement proche, alors selon lui, c’était comme s’il n’en avait pas. Il partait seul, avec un sac à dos et une veste à capuche un peu râpée pour tout bagage. C’était très risqué, d’agir de la sorte, et il le savait. Il ne savait pas bien pourquoi il le faisait, mais il savait qu’il devait le faire.

Le bruit d’un klaxon le tira violemment de ses pensées. Il vit alors qu’une voiture s’était arrêtée près de lui et que le conducteur essayait d’attirer son attention. Ce dernier hurla :

  • Eh, gamin ! Que fais-tu au milieu de la route ? Tu es en train de causer un bouchon et je vais être en retard au travail ! Vas jouer ailleurs, et vas à l’école, pendant que tu y es ! J’entends la cloche sonner, dépêches toi !

L’enfant, figé et surpris d’avoir été sorti de son jeu imaginaire aussi brusquement, partit en courant vers son école, ne voulant pas être en retard une fois de plus. Il avait déjà été puni plusieurs fois pour cette même raison et il en avait assez de devoir copier des lignes. Ce n’était pas sa faute si son imagination était débordante !