C’est un roc

Elle était seule sur cette plage. Tout le monde était parti. Ils avaient senti qu’il allait se passer quelque chose de grave. Mais pas elle. Elle avait toujours été inconsciente. Innocente. Peut-être même un peu idiote sur les bords. Mais seulement quand ça l’arrangeait.

Pourtant, là, elle aurait dû le savoir. Elle aurait dû le sentir. Comme tous ces gens qui s’étaient empressés de partir le plus loin possible de cette plage. Cette plage, qui avait été avant un lieu de détente, cette plage qui avait été le théâtre de leurs jeux estivaux. Cette plage qu’ils avaient toujours connu ainsi. C’était une des rares choses dans leur vie qui ne changeaient pas. Qui ne voulait pas changer. Ou bien qui n’osait pas le faire. Ce qui était tout de même assez différent, car dans un cas il s’agissait de courage, et dans l’autre c’était de la lâcheté.  Deux choses bien différentes et éloignées l’une de l’autre par un gigantesque fossé. 

En tout cas, les gens avaient fui cette plage qui leur avait autrefois paru merveilleuse, magique et mystérieuse.  Ils fuyaient ainsi l’endroit où ils avaient passé tant d’étés pendant leur enfance. Ils étaient partis, à présent.  Ils ne l’aimaient peut-être pas tant que ça, cet endroit, après tout. Ils ne s’y étaient pas attaché, en dépit des années passées en ces lieux. Comment une telle
vénération, une telle admiration, peut-elle s’évaporer comme l’eau au soleil? Comment une personne peut-elle changer d’avis de la sorte, aussi brutalement? Aujourd’hui, il ne restait qu’elle. Seulement elle. Uniquement elle.  La seule personne sur cette plage totalement déserte. Désertée par tous ces gens ingrats, car elle leur avait tout de même permis d’avoir de bons moments, cette plage. De très bons moments, même.  Certains y vivaient pratiquement tout l’été, sur cette plage! Ou plutôt ils y avaient vécu.  Il fallait le dire au passé.  Ils n’y reviendraient pas de sitôt.  Ils s’étaient empressés de fuir, et ils ne reviendraient pas.

Et donc elle était là, sur cette plage qui avait vu passer tant de gens, mais elle était seule. Immobile, solitaire, vaillante, décidée, le nez au vent, les cheveux en bataille, elle tenait bon. Elle restait alors que tous les autres avaient pris leurs jambes à leur cou. C’était un rock, elle ne flanchait pas, ballottée par les vents, secouée comme dans un panier à salade. Tenace. Luttant contre des forces bien plus puissante qu’elle, simple humaine. Luttant, luttant, luttant. Elle résistait à la pression des éléments.  Elle faisait face.

Elle faisait face au géant de la nature. Là, en face d’elle, avançant furieusement à la vitesse d’un cheval au galop, se tenait une immense vague grondante. Elle écarta les bras, ferma les yeux et attendit le choc. La nature qui balayait l’homme. Un fétu de paille au milieu de la tempête. Les grandes puissances des éléments étaient à l’oeuvre, qui était-elle pour les en empêcher? La collision ne saurait tarder. Et alors elle vibrerait à l’unisson avec la nature…..

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