Abîme

En dessous, l’eau. Au dessus, le ciel. De part et d’autres, les montagnes, immenses et enivrantes. Le ciel se reflétant dans l’eau. Les montagnes se dressant sur la pointe des pieds, tentant vainement d’atteindre le ciel. L’eau s’écoulant paisiblement, regardant le ciel. Tout un monde en quelques éléments. Et elle était là, au bout de la corniche, tout au bord, respirant l’air environnant. Et elle dansait, et elle riait, et elle s’agitait, et elle s’esclaffait. Et elle s’époumonait. Et elle vivait, tout simplement. En harmonie avec la nature. Tout comme la nature était en osmose. L’eau avec le ciel. Le ciel avec l’eau. Un lien fonctionnant dans les deux sens. Pas seulement l’un ou l’autre. Non. L’un et l’autre. Les deux. Le ciel et l’eau. L’eau et le ciel. Les montagnes et le ciel. Et elle qui vivait au milieu. Quelques nuages près des montagnes. Blancs, blancs comme la neige. Mais la neige n’est pas encore là. Quand sera-t elle là ? Un jour, peut-être. Mais pas aujourd’hui. La neige attendra encore. Ce n’est pas le moment pour ça. Pour l’instant, les nuages flottent en silence au dessus des montagnes, ces montagnes si hautes qu’elles pourraient presque atteindre le ciel en se mettant sur la pointe des pieds. Le peuvent-elles ? En sont-elles capables ? Ont elles déjà essayé ? Peut-être est-ce possible, après tout. On dit souvent que les gratte-ciels touchent le ciel. On le dit même assez souvent. Mais cette affirmation est-elle vraie pour autant ? Pas forcément. Pas toujours. Est-ce quelque chose sur terre pourrait être assez grand pour arriver à toucher le ciel ? Ces montagnes, peut-être. Ces montagnes, qui essayent sans cesse sans jamais y parvenir. Mais sont-elles si hautes que cela, si elles ne peuvent pas toucher le ciel, même du bout des doigts ? Peut-être pas. Ces montagnes si hautes sont peu-être bien trop petites pour atteindre le ciel.

Mais elles sont tout de même plus hautes que celle qui danse sur la corniche, pas vrai ? Dans ce cas elles sont quand même assez hautes. Mais pas suffisamment. Et elle, qui s’agite sur la corniche, est elle assez haute pour toucher ce ciel, qui semble si haut que personne ne parvient à réellement l’atteindre, pas même les plus hautes montagnes sur terre ? Probablement pas toute seule. Mais peut-être qu’en montant sur la montagne, en montant tout en haut, en grimpant le long des flancs de cette immense création de la nature, elle pourra essayer. Une fois qu’elle sera en haut, elle lèvera un doigt vers le ciel, et elle touchera peut-être le ciel. Peut-être pourra-t-elle. Mais encore faudrait-il qu’elle essaye de monter tout là haut, en passant par les flancs de la montagne. Peut-être ira-t-elle. Quand elle aura fini de danser, de rire, de s’époumoner. Un jour. Un jour ou l’autre. Peut-être demain. Peut-être dans une semaine. Mais qu’est-ce qu’une semaine, pour la nature ? Elle ne fait pas attention au temps. Et pendant ce temps, l’eau continue son chemin. Elle va toujours plus loin, toujours plus vite en suivant la pente. Et elle regarde le ciel, elle aussi voulant essayer de le toucher. Elle ne désespère pas. Y parviendra-t-elle ? Il s’agit pourtant de l’élément le plus bas dans ce paysage.

Mais c’est aussi le plus déterminé. Le plus déterminé à aller toucher le ciel en dépit de sa position dans la nature. Les nuages pourraient, eux aussi, aller toucher le ciel. Mais ils sont trop occupés à discuter avec la montagne qui se met sur la pointe des pieds pour tenter d’atteindre l’immensité bleue. Et elle danse toujours, sur une musique portée par le vent. Seule elle l’entend. Elle et la montagne, l’eau et les nuages. Le ciel est bien trop haut pour l’entendre. Mais la montagne lui raconte ce qu’elle a entendu, et il peut en profiter aussi. La musique ne s’arrête jamais. Elle tournoie, descend vers l’eau qui veut toujours atteindre le ciel, son père. La musique continue son chemin, frôlant la montage qui l’aide à s’élever vers le ciel. Le soleil est là, lui aussi. Il vient de se réveiller. La musique l’a fait sortir de son rêve. Il se frotte les yeux, encore endormi. Il se demande pourquoi la nature est si agitée.

La montagne tente d’atteindre le ciel, l’eau regarde le ciel en souriant, lui promettant qu’elle le rejoindra un jour, les nuages rêvassent au milieu de tout cela et elle continue à danser, infatigable. Le soleil s’étire et se rendort, peu enclin à tenter de comprendre ce qui leur arrive. De toute façon il s’est couché tard la veille, et il est fatigué, maintenant. Et le paysage retourne à ce qu’il était avant. Les montagnes se grandissent toujours plus dans l’espoir d’atteindre l’immensité bleue au dessus d’elles, les nuages flottent au dessus, l’eau s’écoule paisiblement tout en cherchant à atteindre le ciel, et elle rit, s’époumone, danse, hurle. Le ciel voit l’eau. L’eau voit le ciel. Ils s’observent.

Puis la pluie commence à tomber. C’est bon. L’eau peut rejoindre le ciel. L’eau de pluie inonde les montagnes, qui en ont assez de se tenir sur leurs pointes de pieds. Elle danse toujours, crie toujours, s’époumone toujours, hurle toujours sous ce déluge d’eau qui colle ses cheveux à ses joues. Elle est vivante, tout simplement. Et l’eau continue à couler, sentant la pluie tomber, heureuse que le ciel soit venu.

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