Liste de 5 mots : 15

Karting, Laconiquement, Machinisme, Nature Morte, Obligation

Du karting. Son fils lui avait demandé s’il pouvait faire du karting. Il n’en croyait pas ses oreilles. Il avait regardé ce que c’était, et cela ne lui plaisait pas vraiment. Autoriser son garçon à monter là dessus serait irresponsable. A l’époque où il était gamin, ils jouaient avec des voitures miniature, ils ne montaient pas dessus ! Ou du moins, les voitures à pédales n’avaient pas ces mini moteurs qui pouvaient facilement causer des accidents du fait de la vitesse de l’engin et de l’inexpérience des enfants. Aussi, quand son fils lui avait demandé s’il pouvait faire du karting, il avait répondu qu’il verrait si ses notes augmentaient, assez laconiquement.

Bien sûr, il n’avait aucune intention de le laisser en faire. Ce jour là, il avait totalement oublié le sujet épineux car un ami à lui l’avait appelé et avait lancé un débat sur le machinisme. Le karting était alors parti à des années lumières de lui. Il était bien trop content de l’oublier. Mais un jour, son fils le lui rappela en lui montrant un devoir où il avait dû faire une nature morte et auquel il avait eu la meilleure note. Quel cauchemar, pourquoi avait-il dit ça ? Pourquoi s’imposer cette obligation ? Il lui dit qu’il fallait bien plus qu’une bonne note pour qu’il puisse faire du karting. Il lui fallait une bonne moyenne. Et puis il était trop jeune.

Liste de 5 mots : 14

Feuilleton, Galérer, Hanche, Ibuprofène, Jaserie

Il l’avait vu dans le feuilleton. Pour arrêter de galèrer, il y avait une solution facile et applicable pour tout le monde. Mettre une main sur sa hanche et se faire passer pour une star dans la rue. Les lunettes noires et l’air intense étaient aussi de rigueur, bien sûr. Mais après avoir passé plusieurs heures dans la rue à parader comme un cowboy de western, il n’avait attiré l’attention de personne, et n’avait récolté qu’un vilain mal de tête à cause du soleil qui lui avait tapé sur le dessus du crâne toute l’après-midi.

Il avait donc dû aller acheter de l’ibuprofène à la pharmacie la plus proche. Franchement, ce n’était pas une manière de gagner de l’argent , mais plutôt une méthode testée et approuvée pour perdre de l’argent ET du temps. Il n’allait certainement pas raconter à sa mère son idée stupide d’imiter ce qu’il avait vu dans une série. Il ne voulait pas avoir à essuyer ses jaseries.

Liste de 5 mots : 13

Applique, Biche, Cinémathèque, Dièse, Episode

Honnêtement, il ne savait pas bien comment c’était arrivé. Même en y réfléchissant pendant des heures, il n’aurait pas plus compris ce qu’il venait de voir. Il marchait dans la rue, comme tous les jours à cette heure-ci. Il rentrait chez lui. Comme d’habitude. Mais les choses les plus étranges avaient souvent pour habitude de briser la routine. Là, dans la rue, un peu plus bas, se trouvait une applique. Contre un mur. Jusque là, tout était normal. Mais quand il vit la biche arriver, il se frotta les yeux plus d’une fois pour s’assurer qu’il n’hallucinait pas.

Etant sorti à l’instant d’une cinémathèque, son cerveau était encore rempli des images du film, mais il était certain de ne pas être en train d’imaginer cette biche qui était en train de démolir une applique sur un mur en pleine ville. Quelques maisons plus loin, il entendit quelqu’un dire à une autre personne de faire un fa dièse. Ce devait être une leçon de musique. Lorsqu’il regarda à nouveau vers l’endroit où la biche était, il ne la vit plus. Elle était partie. Mais l’applique, elle, était toujours là, et elle était en pièces détachées. En ayant assez de toute cette bizarrerie, il décida de rentrer chez lui pour regarder un épisode de sa série préférée et ainsi se calmer un peu.

Zénith (Série lettres 2 : 26/26)

Il trouva son fils dans la cuisine. C’était normal, à cette heure-ci, il savait où le trouver. C’étaient les vacances scolaires, les grandes vacances, et son fils passait beaucoup de temps à dormir, beaucoup de temps à manger, et très peu de temps sur ses devoirs de vacances. Du moins, selon son père. Il le trouva donc à la table, en train de prendre son petit déjeuner bien que la journée soit bien trop avancée pour manger ce repas.

Lorsqu’il le vit assis à la table, il décida de tenter le tout pour le tout, voulant le faire bouger au moins un peu pendant ces vacances. Il lui dit qu’il allait lui montrer quelque chose d’extraordinaire qu’il ne pouvait pas manquer. Son fils finit de manger, puis il le suivit. Victoire ! Le père l’entraîna dehors, sous le soleil. Il le mena jusqu’à un endroit de leur jardin, puis il lui dit de lever la tête.

Le fils lui demanda ce qu’il y avait à voir. Il ne voyait que le soleil. Le père lui répondit que c’était le soleil, justement, qu’il voulait lui montrer. Le soleil était à son zénith. Le fils fronça les sourcils. Le Zénith n’était donc pas une salle de concert ?

Yo-yo (Série lettres 2 : 25/26)

Il n’avait jamais eu l’impression d’avoir eu le moindre contrôle sur ce qu’il se passait dans sa vie. C’était comme si sa vie entière n’était qu’un rêve dont il était seulement spectateur, et non pas acteur. Il avait l’impression de voir sa vie se dérouler sous ses yeux sans pouvoir prendre la moindre décision. Comme s’il était mort et voyait la vie de quelqu’un d’autre. Comme s’il vivait constamment une expérience hors de son corps.

Il ne se droguait pourtant pas et ne buvait jamais. C’était juste une impression qu’il avait très souvent. Trop souvent. Il aurait bien aimé avoir le même point de vie que certaines personnes qui vivaient pleinement leur vie, profitant de l’existence. Mais ce sentiment revenait bien trop souvent pour qu’il puisse l’ignorer.

Cette impression d’être un yoyo que l’on fait bouger mais qui ne peut pas décider pour lui-même d’où il va aller. Il ne savait pas vraiment comment décrire la sensation autrement. Et il ne savait pas non plus comment se débarrasser de ce poids. Il n’avait jamais osé en parler à quiconque. On l’aurait cru fou et il aurait été envoyé chez un psy, puis dans un asile. Mais peut-être avait-il vraiment besoin d’un psy pour résoudre ce problème ? Il voulait être le héro de sa propre histoire, mais quelque chose le bloquait. Les autres vivaient dans leur réalité alors qu’il vivait la sienne de derrière une vitre. Comme s’il regardait un film, comme s’il était le seul personnage non jouable dans un jeu vidéo.

Xyste (Série lettres 2 : 24/26)

(Allée couverte d’un jardin)

Il mit son manteau et sortit. Aujourd’hui, il voulait inspecter son jardin. Il aimait que tout soit bien en ordre à tout moment. S’il y avait une chose qui n’allait pas dans son sens, il déprimait pour la journée. Et il n’était pas comme ça seulement pour la jardin. Sa vie aussi ne devait pas subir la moindre anicroche. Il aimait l’ordre, et il détestait le désordre. C’était aussi simple que ça. Il n’aimait pas non plus ceux qui provoquaient le désordre. Il avait déjà renvoyé plusieurs jardiniers parce que ces derniers n’avaient pas ordonné le jardin comme il voulait. Il s’occupait du jardin lui-même, à présent. Il en avait eu assez de ne pas avoir ce qu’il voulait. Et puis, un dicton disait bien  » on n’est jamais mieux servi que par soi-même », non ? Eh bien c’était véridique. Et il économisait l’argent du salaire d’un jardinier, en le faisant lui-même.

Il sortit donc dans son jardin. Ce qu’il vit en regardant autour de lui paraissait satisfaisant. Mais ce n’était pas dans la vue générale qu’il dénichait les défauts. Il les voyait dans le détail. En s’approchant de chaque massif, de chaque arbre. Et il repérait les imperfections. S’il avait eu une loupe à portée de main, il l’aurait braquée sur les feuilles ou sur les fleurs afin de voir les éventuels trous qui « défigureraient » ses plantes chéries.

Il entra dans la partie principale du jardin. Tout semblait aligné, comme au garde à vous au passage du jardinier. Parfait. Sauf que la nature ne courbait en principe pas l’échine face aux humains. Il avait eu de cuisants échecs par le passé, et il arrivait que cela lui arrivé encore, bien qu’il soit à présent un professionnel de la végétation.

Ce fut vers le fond du jardin qu’il la remarqua. La plante qui allait lui faire perdre son sang froid. C’était un petit nouveau, il l’avait planté moins d’un mois auparavant. Et depuis le début, cet arbuste lui mettait des bâtons dans les roues. Ou plutôt, en l’occurence, des tiges. Il n’arrivait pas à obtenir un jardin parfait avec cet arbuste têtu. Situé juste à côté du xyste qui surplombait l’allée, il refusait de fleurir et perdait ses feuilles aussitôt après qu’elles aient poussé. C’était incompréhensible. Quelle malédiction ! Aujourd’hui, l’arbuste n’allait guère mieux. Il ployait lamentablement. Atterré, il tourna les talons, cessant instantanément son inspection du jardin. Et voilà, il était déprimé pour la journée.

Weekend (Série lettres 2 : 23/26)

C’était le weekend. Et le weekend, en principe, tout était beaucoup plus calme. Sauf peut-être dans les hôtels ou dans les restaurants qui avaient encore beaucoup de clientèle le weekend. La plupart des lieux de travail étaient donc vides. Mais certains autres endroits se remplissaient pendant ces deux jours de pause.

Les parcs attiraient souvent beaucoup de personnes, le weekend. Sauf bien sûr en cas de vent, de pluie ou de grêle. Les gens n’aimaient pas tous aller au parc en compagnie des intempéries. Certains s’y aventuraient quand même, mais ils avaient le dos courbé et ils étaient munis de parapluies qui leur servaient de bouclier.

Dans les parcs, le weekend, quand il faisait beau, les bancs accueillaient beaucoup de personnes. Les familles, bien sûr, surtout quand il s’agissait d’un banc situé à proximité d’une aire de jeu. Dans ce cas, le banc servait surtout aux parents qui restaient à regarder leurs enfants jouer, à leur dire de descendre, que c’était trop dangereux, à lire ou encore à sortir le goûter des enfants d’un des multiples sacs qu’ils avaient sortis de la voiture peu auparavant.

Les bancs pouvaient aussi servir à des personnes âgées qui se retrouvaient pour discuter, se reposant avant leur prochain tour de parc. Les adolescents les utilisaient aussi pour se regrouper en bandes et discuter, se levant parfois pour aller réessayer un des jeux pour enfants auxquels ils avaient joué lorsqu’ils avaient l’âge des enfants qui mangeaient leur goûter sur un autre banc. Ces jeunes tournaient parfois la tête vers les personnes âgées assises sur leur banc un peu plus loin. Seraient-ils comme eux plus tard ?

Vadrouille (Série lettres 2 : 22/26)

Elle avait décidé de faire une pause. De partir un peu pour respirer. Trop de travail allait finir par lui nuire. Elle avait donc loué un petit appartement dans une ville qu’elle ne connaissait absolument pas. Elle n’avait fait aucune recherche avant de s’y rendre car elle n’avait pas eu le temps.

Le jour J, elle avait sauté dans sa voiture. Elle avait failli ne pas partir car elle avait du mal à décrocher de son boulot. Elle avait voulu savoir où en était un dossier en cours et avait failli manquer l’horaire qu’elle s’était fixé pour partir. Si elle partait plus tard, elle serait en retard et la propriétaire ne serait pas là pour lui donner les clefs. Et dans ce cas là, la seule solution serait d’aller dormir dans un hôtel, en espérant qu’ils acceptent des voyageurs de dernière minute, sans réservation. Elle n’avait que ce plan b si jamais elle arrivait trop tard, alors elle espérait aussi que les hôtels n’étaient pas trop miteux, dans cette ville.

Elle était donc partie (presque) à l’heure, et elle avait réussi ( en dépassant quelques limitations de vitesse de temps à autre) à arriver à l’heure chez la logeuse qui lui avait donné les clefs. Donc ce problème n’en était plus un. En principe, en vacances, il n’y avait plus de problèmes. Mais ce n’était peut-être pas le cas de tout le monde, après tout. A peine arrivée dans l’appartement, elle découvrit que les voisins aimaient beaucoup faire la fête. Elle aurait bien donné des coups de balais dans le plafond pour leur dire d’arrêter, mais honnêtement, le plafond n’avait pas l’air très solide, mieux valait ne pas taper dedans. C’était plus prudent.

Épuisée par le bruit fait par ses voisins pendant la nuit, elle se réveilla assez tard et elle décida d’aller se promener. Elle n’avait toujours pas regardé ce qu’il pouvait y avoir à visiter dans cette ville et elle n’avait pas de plan ni de brochure. Elle allait y aller comme une véritable aventurière. Après tout, quelqu’un avait dit que pour mieux visiter, il fallait se perdre. Elle savait qu’elle courait à la catastrophe, mais elle n’alla pas chercher une carte.

Quelques heures plus tard, ce qui devait arriver arriva. Elle s’était perdue. Elle fut obligée de prendre un taxi pour regagner son hôtel. Et ce ne fut pas sans mal car elle avait oublié le nom de l’hôtel et dût le chercher sur la carte de visite qui avait glissé au fond de son sac….

Uniforme (Série lettres 2 : 21/26)

Elle se promenait dans la petite ville où elle avait grandi. Il n’y avait pas grand chose à faire, dans cette ville. Honnêtement, elle ne s’en était pas trop rendu compte avant, n’ayant jamais eu d’éléments de comparaison. Mais maintenant, elle avait fait ses études dans une plus grande ville loin d’ici, et y revenir lui faisait réaliser combien les activités étaient rares, ici.

Elle ne s’était pas non plus rappelé que dans cette petite ville, tout le monde connaissait tout le monde, ce qui était loin d’être le cas dans la grande ville. Très loin. Elle n’avait même jamais connu ses voisins dans l’immeuble où elle avait habité pendant ses études. Pathétique ? Oui, sûrement. Mais surtout, très courant. Car dans cette grande ville, et sûrement dans d’autres grandes villes, les gens couraient partout, se croisant de temps à autre, mais ne prenant jamais le temps de parler à tout le monde.

Peut-être parce qu’il y en avait trop, du monde. Sa petite ville n’avait que peu d’habitants, comparée à la grande ville. Et penser aux habitants lui évoquait une grande famille éparpillée dans la ville. Car tout le monde connaissait vraiment tout sur tout le monde. Il ne fallait pas vouloir garder sa vie privée, ici.

Elle l’avait déjà croisée plusieurs fois, mais elle n’y avait pas fait attention. Cette policière patrouillait souvent dans son pâté de maisons, et elle lui faisait un signe de la main à chaque fois qu’elle voyait sa voiture arriver quand elle de promener. Cette policière faisait partie de la brigade de la petite ville. Ils étaient trois, en tout, dans cette brigade. Mais ils n’avaient pas réellement rien à faire. En réalité, les adolescents les occupaient beaucoup. Ils aimaient beaucoup tagger tous les bâtiments qu’ils trouvaient.

Ce jour-là, elle vit à nouveau la policière. Cette fois-ci, cette dernière lui fit un signe et lui sourit avant même qu’elle ait pu la saluer. En réalité, elle ne l’avait jamais vue patrouiller avant qu’elle soit revenue dans la ville après avoir terminé ses études. Elle ne l’avait pas connue avant. Mais la policière semblait savoir qui elle était. Ah, les petites villes…