Le destin ce puzzle confinées #2 Paula : Pendant le premier confinement

Salut, ici Paula !

Pendant ce confinement, je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer au premier confinement. La situation est très différente. Tout d’abord, je ne suis pas chez mes parents. Je suis à l’appartement avec mes colocataires. C’est très différent. Ensuite, je ne suis pas désœuvrée. Je veux dire par là que pendant le premier confinement, j’avais nettement moins de devoirs à faire et aussi beaucoup moins de cours vidéo…J’avais simplement l’impression d’être un peu comme en vacances, surtout à cause des beaux jours.

Là, les beaux jours arrivent, certes, mais le travail à faire arrive dans ma boîte mail sans discontinuer, je suis coincée dans un appartement alors que chez mes parents il y avait un jardin dans lequel on pouvait aller respirer un peu, et en plus je suis épuisée. Je ne sais vraiment pas pourquoi, étant donné que je n’ai fait aucune activité sportive depuis longtemps. Peut-être un peu trop longtemps, d’ailleurs.

Quand je suis retournée chez mes parents, le changement a été radical. J’avais pris des habitudes, à l’appartement, et ils avaient les leurs. Conséquence, nous ne mangions pas aux mêmes heures, nous ne faisions pas les mêmes choses, et nous nous disputons parce que je devais travailler pour la fac et je trouvais qu’ils faisaient trop de bruit. La connexion était certes meilleure, mais la réadaptation a été difficile. La réadaptation à l’appartement a aussi été difficile ensuite…Je crois que je ne suis pas faite pour changer d’endroit trop souvent.

Chez mes parents, il y a un chat, un chat noir, et depuis que je suis revenue à l’appart’, je n’arrête pas de le voir, ou du moins je crois le voir, car la valise que Daisy garde dans sa chambre est noire, elle aussi, et je crois à chaque fois qu’il s’agit de mon chat. Daisy se moque de moi à chaque fois car je sursaute, et elle sait pourquoi car j’ai fini par lui expliquer.

Paula

Le destin ce puzzle confinées #2 Daisy : Courses

Salut, c’est Daisy.

Les courses, avant, on se les partageait. Je veux dire que chacune achetait des choses un peu quand elle pouvait, et que nous constations ce qui manquait ensuite. Pour résumer, ce n’était pas très organisé. Voire même pas du tout. On avait souvent des problèmes de choses qui manquaient, et il y avait souvent des disputes à ce propos, disputes qui se terminaient par un « Je descends à la supérette » de la part de l’une d’entre nous, généralement moi. Car nous avions un petit supermarché dans le quartier. Nous aurions pu faire une liste, tout simplement, et tirer au sort la personne qui irait faire les courses, mais apparemment, nous aimions nous compliquer la vie.

Maintenant, c’est beaucoup plus simple. Nous avons décidé d’un commun accord que nous allions commander les courses au Drive. Mais il faut quand même aller les chercher car le magasin ne propose pas la livraison à domicile. Et donc nous tirons au sort la personne chanceuse qui va aller chercher les courses. Nous essayons bien sûr de ne pas trop commander, car la personne en question doit ramener les denrées en bus, et chacune sait que si le sac pèse trop lourd, l’expédition deviendra vite un enfer. Et puis nos porte-monnaie ne sont pas extensibles non plus, donc nous évitons les trop grosses commandes.

Aujourd’hui, c’est Mina qui est partie chercher les courses. Paula et moi, nous l’attendons déjà près de la porte avec le gel hydroalcoolique et de quoi jeter son masque. Nous n’avons pas de douche désinfectante comme j’ai pu voir dans une vidéo sur internet, mais nous faisons au mieux. De toute manière, lorsque nous allons chercher les courses, nous nous débrouillons pour ne rien toucher de plus que le sac de courses.

Justement, voilà Mina qui revient. Paula lui indique où poser les courses qui seront en quarantaine pendant au moins un jour, et elle lui verse du gel sur les mains après qu’elle ait jeté son masque dans le sac poubelle réservé à cet effet. Mina soupire. Aller faire les courses, c’est devenu toute une histoire !

Daisy

Le destin ce puzzle confinées #1 Daisy La décoration et l’esprit créateur

Bonjour, je suis Daisy, dixit celle qui a toujours de bonnes idées dans l’appartement que je partage avec mes deux colocataires, Mina et Paula. Voici un résumé des opérations. Nous sommes confinées, mais nous nous portons bien. Nous arrivons à nous nourrir correctement grâce à nos parents qui nous aident financièrement, car bien sûr, nous ne pouvons pas aller travailler comme nous le faisions avant, nos employeurs ayant dû fermer boutique pendant ce confinement. Mais nous devons souvent nous nourrir exclusivement de pâtes, et certaines commencent à en avoir assez. Quand je dis certaines, je veux bien sûr dire Mina, car Paula ne s’est pas plainte.

La nourriture est un des gros sujets de dispute avec Mina. Elle est gourmande, même si elle préfère dire qu’elle aime juste la bonne cuisine, et donc mes efforts pour cuisiner des pâtes d’une manière différente quand je le peux se soldent souvent par des échecs car madame n’aime pas, ou alors c’est trop ennuyeux à manger. Je crois qu’on est trop différentes, et que c’est la raison pour laquelle on se crie dessus. Je suis peut-être bien trop positive et elle trop négative. Un espace clos comme cet appartement ne nous aide pas.

Mais parlons de sujets plus joyeux, car il y en a. Depuis le début de ce confinement, ma créativité s’est réveillée. (Encore un sujet de dispute avec Mina) J’ai de nouvelles idées de décoration chaque jour. Je ne les réalise pas toujours, mais c’est bon pour le moral, d’avoir des idées ! Quand j’ai des idées, Mina ne parvient pas à m’énerver. Je me plonge dans ma création, et j’oublie tout. J’essaie de le faire souvent, car je sais que Paula n’en peut plus de nous entendre crier. (les voisins aussi sûrement, mais ils n’ont encore rien dit, alors soit ils ne sont pas là, soit ils s’ennuient tellement que nos disputes illuminent leurs journées) Je sais que Paula n’en dira jamais rien, elle est bien trop gentille. Mais je me doute que ça doit être insupportable. Etant enfant unique, elle n’a sans doute pas l’habitude d’autant d’agitation, même si elle a sûrement eu le temps de s’habituer, avec nous dans les parages.

Pendant ce confinement, donc, je crée. Je ne fais que ça. Quand je n’ai pas ces maudits cours en ligne, j’imagine. Paula aime bien me regarder faire, elle dit que ça la distrait de ses cours à elle qui peuvent parfois être fatigants. Souvent, quand ma fièvre créatrice m’a quittée, je la découvre endormie sur le canapé derrière moi. Je travaille sur la table basse et elle s’installe sur le canapé pour réviser ou bien m’observer en pleine création.
J’ai donc ajouté quelques éléments de décoration, depuis le début du confinement. Et je compte bien continuer, quoi qu’en dise Mina…
Daisy

Le destin ce puzzle confinées : #1 Mina : Zizanie

Salut, moi c’est Mina. Et je vais vous expliquer la situation explosive dans laquelle nous nous trouvons, Daisy et moi. Paula n’est pas dans la même situation que nous, elle sait garder son calme. Mais Daisy et moi sommes les deux personnes qui nous sommes le plus disputées depuis que nous avons emménagé ici.

J’adore Daisy, mais franchement, nos points de vue divergent bien trop sur beaucoup de sujets différents. Bien souvent, Paula est obligée de jouer les arbitres entre nous. D’ordinaire, donc, nous passons notre temps à nous disputer. Et depuis que nous avons dû nous confiner ensemble dans cet appartement, nous nous sommes disputées un nombre incalculable de fois. Ce doit être à cause du fait que nous ne pouvons pas vraiment nous éloigner l’une de l’autre à cause des restrictions. Nous avons essayé de ne pas déclencher de disputes, mais c’est difficile car une sorte d’énergie nerveuse s’est installée dans cet appartement clos.

Heureusement, Paula nous a trouvé des cours de yoga sur internet, et si nous les suivons ensemble, nous parvenons à ne pas nous crier dessus (pas trop). Paula dit que nous sommes de fortes têtes, et que c’est pour cette raison que nous ne parvenons pas à nous entendre. Mais je trouve que nous avons fait des progrès. (C’est amusant, j’ai un peu l’impression de parler à un psy en thérapie de couple…) En tout cas, la zizanie dans l’appartement, c’est terminé. Ou du moins, c’est moins souvent. Daisy est quelqu’un d’adorable, si seulement j’arrivais à ne pas réagir si vite quand quelque chose me contrarie… Parler à Paula est souvent plus facile, je ne sais pas pourquoi.

Pendant ce confinement, je me suis trouvé une activité qui me convient assez bien, et qui correspond sans doute à ce que beaucoup de personnes font. Je regarde des séries. Il arrive que Paula me rejoigne, parfois. Daisy aussi, mais seulement quand elle n’est pas occupée par ses cours ou ses « créations artistiques », comme elle les appelle. J’ai aussi mes cours en distanciel, mais ça, c’est une toute autre histoire…


Mina

Le destin ce puzzle confinées #1 Paula : A trois dans un appart

Bonjour,
je m’appelle Paula, et je suis l’une des trois colocataires d’un appartement étudiant. J’aime beaucoup ce logement ainsi que mes colocs, mais…Je trouve que ces temps-ci, on se voit peut-être un peu trop. Je veux dire que depuis un an, tous ces confinements, et donc tous ces moments en cours distanciels, tous ces moments passés dans un appartement qui n’est finalement pas si grand, ça fait réfléchir. Toute la situation nous a un peu épuisées. Il arrive parfois que des disputes éclatent sans raison. C’est le premier confinement que nous passons vraiment ensemble, ne se voyant que toutes les trois et étant plongées dans nos cours pratiquement du soir au matin. Du matin au soir ? Les heures passent un peu différemment, depuis quelques temps.

Au début, on en avait rêvé, de cet appartement. A nous la liberté! Ou du moins, j’en avais rêvé, car je ne sais pas vraiment ce qu’en pensaient les autres à ce moment-là, puisque nous ne nous connaissions pas encore. Enfin bref. Nous étions contentes d’emménager, d’aller à la fac, de rencontrer de nouvelles personnes. C’était une nouvelle aventure. A ce moment-là, c’était vraiment positif pour nous. Mais dans cette situation, je ne vois plus l’appartement pareil. Ce qui avait paru être une libération était peut-être maintenant un emprisonnement ? Je ne sais pas trop. Je ne sais plus.

Mon refuge à moi, c’est la lecture. Pas forcément ce que je dois lire pour mes cours, plutôt des livres que j’aime bien, des livres qui me réconfortent en ces temps troublés. Daisy et Mina ont elles aussi des activités en dehors de leurs cours en ligne. C’est bien, car ne faire que réviser peut être vraiment nocif, surtout dans notre situation. Comme on ne peut pas sortir, il a bien fallu se trouver des choses qui nous changent les idées.

Je me suis aussi mise au tricot. Surprenant, non ? J’ai trouvé quelques tutos sur internet et j’ai aussi demandé conseil à ma grand-mère, qui a été très contente de m’aider en faisant des appels vidéos. Elle s’ennuyait, moi aussi, et maintenant nous nous amusons bien. Nous tricotons de concert, et nous discutons en même temps. Nous faisons ça chaque semaine, et je lui raconte les derniers sujets de dispute de Mina et Daisy. Elle me raconte les derniers embellissements du jardin de son voisin qui aime créer toujours plus de massifs de fleurs colorées.

Paula

Nouvelle fiction à chapitres « Le destin ce puzzle : confinées »

Il s’agit d’un récit du troisième confinement par les trois étudiantes issues des chapitres de Le destin, ce puzzle. Elles racontent dans des chapitres qui leur sont propres ce qu’elles ont vécu pendant les confinements en parlant de beaucoup de sujets différents.

Photo de APG Graphics sur Pexels.com

Extraits :

« Je m’appelle Paula, et je suis l’une des trois colocataires d’un appartement étudiant. J’aime beaucoup ce logement ainsi que mes colocs, mais…Je trouve que ces temps-ci, on se voit peut-être un peu trop. Je veux dire que depuis un an, tous ces confinements, et donc tous ces moments en cours distanciels, tous ces moments passés dans un appartement qui n’est finalement pas si grand, ça fait réfléchir.  » Paula

« Je suis une grande fan de jeux vidéo. C’est un fait. Mes colocataires n’y jouent jamais. C’est un autre fait. Vous voyez le problème ? Elles ne comprennent pas que les jeux vidéo sont un moyen formidable de s’occuper pendant le confinement ! Pardon : pendant les confinements. Je ne sais plus du tout au combientième on en est, et ça importe assez peu dans ce débat. Daisy et Paula ne comprennent pas ma passion, et c’est très triste. » Mina

« Depuis le début de ce confinement, ma créativité s’est réveillée. (Encore un sujet de dispute avec Mina) J’ai de nouvelles idées de décoration chaque jour. Je ne les réalise pas toujours, mais c’est bon pour le moral, d’avoir des idées ! Quand j’ai des idées, Mina ne parvient pas à m’énerver. Je me plonge dans ma création, et j’oublie tout. » Daisy

Photo de Daria Shevtsova sur Pexels.com

Noël d’un jouet (chapitre 4)

Lorsque l’homme dit que j’étais parfait, je me sentis si heureux que je faillis flotter hors de la boîte. Mais les ours en peluche ne peuvent pas voler. En fait, nous ne pouvons pas faire grand chose, apparemment. Mais bon. L’homme m’attrapa, souriant toujours :

  • – Moi aussi, j’en avais un. Je suis si content de pouvoir continuer la tradition…Le mien avait perdu une oreille et je l’avais rasé sur un côté. Camille va l’adorer, c’est certain.
  • Une oreille en moins, rasé sur un côté…Mais c’était Pépé Jim, non ? La jeune femme dût avoir la même idée que moi, car elle lui parla du vieil ours en peluche qu’elle avait vu non loin de moi. L’homme fit une drôle de tête, puis il referma vivement la boîte après m’avoir remis dedans. Cette fois-ci, la jeune femme emballa la boîte.
  • …Je dus m’endormir, car un bruit de voix me tira de mon sommeil. J’entendis un bruit de déchirure, puis la boîte s’ouvrit. Je me retrouvai face à face avec une petite fille tout sourire. Il lui manquait quelques dents, mais j’avais l’habitude, à la Ressourcerie, certains avaient des parties en moins. Elle m’attrapa :
  • – Oh merci Papa et Maman ! Il est tellement beau ! Je le garderai toute ma vie ! Il est comme dans les livres de contes !

Une fois sorti de la boîte, je pus voir le salon. Tout était décoré avec goût, c’était vraiment magnifique. Et là, dans une autre boîte, se trouvait…Pépé Jim ! Mais que faisait-il là ? L’homme avait les yeux étrangement mouillés, et je crois que Pépé Jim aussi. Il devait être allé le chercher quand la jeune femme lui avait raconté l’avoir vu dans la boutique. Pépé Jim m’avait un jour raconté qu’il était resté longtemps dans une famille avec un petit garçon qui avait beaucoup joué avec lui. Quel Noël ! Ce fut le plus beau de ma vie.

Je revis le vieux train de bois quelques jours après car l’amie de ma nouvelle petite propriétaire l’avait eu pour Noël. Apparemment, la famille qui l’avait acheté quelques jours avant que moi je sois acheté l’avait donné à la petite fille de la famille car le garçonnet n’en voulait plus. Je revis donc souvent le vieux train et je vécus avec Pépé Jim. La petite Camille et son père jouaient souvent à nous faire prendre le thé ensemble. (et oui, la petite me garda vraiment toute sa vie)

Noël d’un jouet (chapitre 3)

Arrivés dans sa maison, elle sortit du papier cadeau d’un placard. Elle me plaça dans une jolie boîte et elle sembla emballer joliment le tout. (je ne sais pas, j’étais dans la boîte et je ne voyais rien.) Mon rêve était-il en train de se réaliser ? Allais-je connaître un véritable Noël ? Un magnifique Noël comme ceux que je m’imaginais du haut de mon étagère, à la Ressourcerie ? Y allait-il y avoir d’autres jouets ? Et si j’en reconnaissais certains qui avaient été mes compagnons d’étagère ? Oh, ce serait parfait ! Mais pour le moment, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Il me faudrait attendre jusqu’à Noël pour me rendre compte de ma situation. Etait-ce un enfant ou un bébé ? Allais-je le voir grandir ? Allais-je passer un bout de ma vie avec lui et ensuite retourner à la Ressourcerie, comme le vieux train et Pépé Jim ? Peut-être, après tout. Tout était possible. Mais je pouvais aussi finir ma vie dans une poubelle, une patte en moins et malheureux comme les pierres. Ah, voilà que mon côté pessimiste ressortait encore. Vite, il fallait l’arrêter ! Non, je n’allais pas forcément avoir une vie horrible, et il me fallait avoir confiance en l’avenir. Mon avenir d’ours en peluche.

Mon esprit (oui, j’en ai un) n’avait de cesse d’imaginer ma future vie. Allais-je jouer tous les jours avec l’enfant ? Avait-il/elle déjà beaucoup de jouets avec lesquels il me faudrait partager son attention ? Oui, je me posais beaucoup trop de questions, mais tout ceux qui disent qu’un ours en peluche devrait rester dans son coffre à jouets peut sérieusement aller se faire voir. Voilà, c’est dit.

J’avais un peu peur de l’inconnu, bien sûr, et j’avais peur de rater mon apparition quand l’enfant ouvrirait la boîte. Mais qu’est-ce que je racontais, moi ? Un ours en peluche est toujours mignon, il n’a rien à faire de particulier pour donner envie à un enfant de jouer avec lui. Sauf quand il grandit, bien sûr. C’est sans doute la pire étape dans la vie d’un ourson comme moi. Mais passons et revenons à mon histoire. J’étais donc dans ma boîte en train de m’imaginer le futur, quand quelqu’un prit ladite boîte et la déplaça. Etais-je sous le sapin ? Que se passait-il ? J’entendis parler. Apparemment, la jeune femme n’avait pas encore emballé toute la boîte, car elle s’ouvrit à nouveau. Un homme me regarda en souriant :

  • Il est parfait.

Noël d’un jouet (chapitre 2)

Quand ils entrèrent dans la boutique, il était tôt. Tôt pour un nounours qui sommeille constamment sur son étagère, je veux dire. Donc il devait être plus ou moins onze heures du matin. Je ne sais pas, je n’ai pas de montre. Un ours en peluche avec l’heure à son poignet, ce serait bizarre, non ? Mais revenons à nos moutons. La famille de mes rêves entra dans la Ressourcerie alors que je dormais encore sur mon étagère. Les voir me réveilla instantanément. Et s’ils venaient pour moi ? Maintenant, je savais ce que ressentaient les animaux qui veulent être adoptés. Le petit garçon courut directement vers l’étagère des jouets, les yeux brillants. Je compris qu’ils venaient lui acheter un cadeau pour son anniversaire. Je mourais d’envie d’être choisi.

Ils tournèrent un moment dans la boutique, discutant de choses et d’autres, pendant que le garçonnet observait tous les jouets autour de lui. Son regard se posa un instant sur moi, puis il sembla voir autre chose. Quand il pointa son doigt vers ce qu’il voulait, mon coeur se serra (je veux dire, mon coeur se serait serré si j’en avait eu un en moi, mais l’émotion que je ressentis à ce moment là est équivalente). L’enfant voulait le train en bois. Il voulait repartir avec mon ami le vieux train. J’étais triste car je ne pourrais plus discuter avec lui, mais aussi parce que je n’avais pas été choisi. Le jouet en bois me fit un clin d’oeil en me disant qu’on se reverrait sûrement un jour, et peut-être même dans ce magasin !

La famille partit de la boutique avec le train. Il avait du goût, ce gamin. Quant à moi, je désespérais d’être choisi un jour. Qui voudrait d’un ours en peluche ? Un train, c’était bien mieux ! Les quelques ventes qui se conclurent dans les jours qui suivirent me confortèrent dans mon idée, et je sombrai dans une déprime intérieure profonde. C’était bientôt Noël, et j’avais espéré connaître enfin le moment des cadeaux, ce moment magique où l’enfant vous découvre avec émerveillement dans la boîte emballée avec du beau papier. Je ne voulus alors plus regarder les autres étagères, je fixai résolument le mur. Mon petit manège dura jusqu’à ce qu’un jour, une jeune femme entre dans la boutique. Je ne l’avais pas vue, je ne voulais plus rien voir. Je ne savais pas que, moi aussi, j’allais avoir mon histoire agrémentée d’un joli Noël. Ce ne fut que quand le vieux Pépé Jim me parla soudainement que je retrouvai mes esprits. Il me dit une phrase que je n’oublierai jamais :

  • – Eh, gamin ! C’est toi qu’elle va ramener chez elle.
  • En effet, la jeune femme s’avança vers moi, arborant un tendre sourire. Je faillis lui sourire en retour avant de me rappeler que les ours en peluche ne peuvent pas sourire, c’est impossible. Mais elle, elle avait presque réussi l’impossible. Je sentis l’espoir renaître en moi. Allais-je connaître une bonne famille ? Elle m’attrapa doucement, et pour la première fois depuis des semaines, je quittai mon étagère. Elle m’examina, semblant chercher quelque chose. Elle dut ne rien trouver à redire, car elle m’emmena à la caisse et paya. Dans sa voiture, elle me posa sur le siège avant. Il n’y avait personne d’autre avec elle. Pas d’enfant. Je me demandai si j’allais finir sur une étagère en tant que décoration. Elle me ramena chez elle. C’était la veille de Noël.

Noël d’un jouet (chapitre 1)

J’étais assis sur la plus haute des étagères de la Ressourcerie. Je n’avais encore jamais rien vécu. Je n’avais vu que ce qui se déroulait dans le magasin. J’avais vu des familles venir acheter des objets de seconde main. Des objets comme moi. Vous allez sans doute vous demander comment je pouvais n’avoir encore rien vu du monde si j’étais un objet qui n’était déjà plus neuf. Mon histoire est un peu particulière, et je vais vous la raconter. Je suis né dans une usine, comme la plupart des jouets sur ces étagères. J’ai effectivement été acheté une première fois, mais je n’ai pas vraiment été offert à un enfant. Je n’ai fait que rester dans un placard poussiéreux sans que personne ne joue avec moi. Je n’étais qu’un objet dans une armoire, voilà tout.

Au bout de plusieurs années, alors qu’une épaisse couche de poussière avait commencé à envahir mon espace de vie sombre et fermé, on m’a sorti de ma prison et j’ai enfin pu respirer. Enfin pas vraiment, car je suis un ours en peluche. Je ne respire pas. Bref. Je n’ai jamais tout à fait compris ce qui m’était arrivé dans ma première maison. Visiblement, on voulait m’offrir à quelqu’un, et quelque chose a empêché mon « adoption » par un enfant. Je ne sais pas quoi. Je ne saurai jamais. En tout cas, c’est la raison pour laquelle je suis un tout nouvel ourson perché sur cette étagère, prêt pour le prochain chapitre de sa vie qui n’avait en fait pas réellement commencé avant.

Alors que je contemplais ce magasin qui était devenu ma deuxième maison, une voix venant de l’étagère en face de la mienne m’interpella :

  • – Eh, toi, le nouveau ! C’est quoi ton histoire ? Pourquoi t’as pas l’air tout défraîchi comme Pépé Jim là-bas ?

Pépé Jim, c’était le nom du doyen des ours en peluche. Il avait l’air très vieux, il était tout rasé sur un côté, il avait perdu une oreille, on sentait qu’il avait vécu une vie bien remplie. Et peut-être angoissante, aussi ? Je discutai avec le vieux train en bois qui m’avait adressé la parole, et j’appris que Pépé Jim avait vécu dans d’innombrables familles, et qu’il finissait immanquablement par revenir ici, à la Ressourcerie. Avec parfois quelque chose en moins. Le train lui aussi avait visité plusieurs familles qui fréquentaient toutes le magasin et qui le rapportaient là quand elles n’en avaient plus besoin. Il me dit qu’il n’y voyait pas d’inconvénients, il préférait voir du pays plutôt que de rester en gare.

Du vocabulaire de trains, apparemment. Le vieux en bois avait bien roulé sa bosse, et il me raconta un peu ses différents « arrêts », comme il les appelait. Apparemment, toutes les familles n’étaient pas gentilles et souriantes, et certains enfants l’avaient jeté contre les murs, cassant une roue ou enlevant sa peinture d’origine. Mais il avait vraiment bien résisté au temps dans l’ensemble, ce qui m’ébahissait, car il avait plus de soixante-dix ans d’âge, ce qui était beaucoup pour un jouet. Il m’expliqua que les jouets en bois avaient la tête dure, et qu’il en fallait beaucoup pour les casser. Il évoqua le feu, et il eut soudain le regard trouble en parlant d’un ami à lui qui avait mal fini. Il changea bien vite de sujet, et il me narra la façon dont un gentil monsieur l’avait repeint et réparé après des années de service. Aujourd’hui, il se sentait comme neuf.